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Le peuple Ostrogoth

Le peuple Ostrogoth ou Goths de l'Est par opposition aux Wisigoths, les Goths de l'Ouest, étaient un peuple Germanique. Ils influencèrent considérablement les événements politiques de la fin de l'empire Romain.
Les Goths formèrent une tribu unie jusqu'au IIIème siècle, date à laquelle ils se séparèrent en Ostrogoths et en Wisigoths. La terminologie Est-Ouest se réfère surtout à leur région d'habitat plutôt qu'à une quelconque différence culturelle. Les deux tribus, en effet, partageaient de nombreux aspects. Entre autres, les Goths reconnaissaient une divinité tutélaire commune que les Romains nommaient Mars. Leur séparation, ou plus exactement la migration des tribus de l'Ouest vers la province Romaine de Dacie, fut le résultat naturel de la surpopulation de la région autour de la mer Noire où les Ostrogoths établirent un vaste et puissant royaume. Les Gépides, un autre peuple Germanique, devinrent leur vassaux et leurs rivaux.
L'arrivée des Huns vers 370, provoqua la domination des Ostrogoths par ces derniers et incita probablement les Wisigoths à s'installer au-delà du Danube. Selon Jordanès, la défaite face aux Huns provoqua également le suicide du roi Ostrogoth Ermaric en 378.
Au cours des décennies suivantes, les Ostrogoths demeurèrent dans les Balkans sous la domination des Huns, devenant un de leurs nombreux peuple vassaux. Les Ostrogoths combattirent en Europe sous les ordres des Huns, notamment lors de la bataille des champs catalauniques en 451.
Plusieurs soulèvements des Ostrogoths contre les Huns furent matés, mais l'introduction de la culture à dos de cheval des Huns constitua par la suite un avantage majeur des Ostrogoths.

Les origines des Ostrogoths :
Leur histoire écrite commence avec leur indépendance vis-à-vis des restes de l'empire des Huns qui suivit la mort d'Attila. Alliés à leurs anciens vassaux et rivaux, les Gépides, les Ostrogoths menés par Théodimir écrasèrent les forces Hunniques commandées par les fils d'Attila lors de la bataille de Nedao en 454.
Les Ostrogoths entrèrent en relation avec l'empire et s'installèrent en Pannonie.
Pendant la majeure partie de la seconde moitié du Vème siècle, les Ostrogoths jouèrent en Europe du sud-est un rôle équivalent à celui que jouèrent les Wisigoths au siècle précédent. Ils furent présents dans toutes les relations d'amitié et d'hostilité imaginables avec la puissance Byzantine, et cela jusqu'à ce que, comme les Wisigoths l'avaient fait avant eux, ils ne passent d'Orient en Occident.


Le règne de Théodoric le Grand :
Le plus grand de toutes les souverains Ostrogothiques, le futur Théodoric le Grand naquit vers 455, peu après la bataille de Nedao. Il passa son enfance en tant qu'otage à Constantinople, où il reçut une instruction soignée. Participant à divers conflits, intrigues et guerres dans l'empire Byzantin et il eut comme rival Théodoric Strabo, un parent éloigné et fils de Triarius. Ce Théodoric, plus âgé mais de moindre qualité, semble avoir été le chef et non le roi de la branche des Ostrogoths qui s'était installée dans l'empire un peu plus tôt. Théodoric le Grand, fut tour à tour l'ami et l'ennemi de l'Empire. Dans le premier cas, il se para de divers titres Romains, comme ceux de patrice et de consul : mais dans tous les cas, il resta avant tout le roi de la nation Ostrogothique.
C'est dans ces deux rôles à la fois qu'en 488 il conquit l'Italie à la demande de l'empereur Byzantin Zénon. La péninsule était alors aux mains d'un chef Hérule nommé Odoacre, passé dans la postérité pour avoir déposé le dernier empereur Romain d'Occident, Romulus Augustule en 476.
En 493, Ravenne fut reprise et Odoacre fut tué des mains même de Théodoric. La puissance des Ostrogoths était alors pleinement établie en Italie, Sicile, Dalmatie et dans les terres situées au nord de l'Italie. Lors de cette reconquête, Ostrogoths et Wisigoths commencèrent également à se réunir, du moins si l'on en croit le témoignage d'un auteur qui écrit que Théodoric était aidé par des auxiliaires Wisigoths. Les deux branches de la nation furent bientôt rassemblées beaucoup plus étroitement.
Alors que la puissance de Théodoric s'étendait en pratique sur une grande partie de la Gaule, elle s'installa sur presque la totalité de l'Espagne : en effet, les événements contraignirent Théodoric à devenir le régent du royaume Wisigoth de Toulouse.
Un moment de confusion, en effet, avait suivi la mort du roi des Wisigoths Alaric II, le beau-fils de Théodoric, lors de la bataille de Vouillé contre les Francs de Clovis. Le roi Ostrogoth assuma à cette occasion son rôle de tuteur à l'égard de son petit-fils Amalaric et se réserva la totalité du domaine hispanique ainsi qu'un fragment de la Gaule. Toulouse passa aux Francs mais les Goths gardèrent la cité de Narbonne et la Septimanie : cette dernière région était la dernière partie de la Gaule qui fut tenue par les Goths et elle garda le nom de Gothie pendant encore longtemps.
Tant que Théodoric vécut, le royaume Wisigoth demeura pratiquement indissociable de ses propres possessions. Il semble également avoir établi, dès cette époque, une sorte de protectorat à l'égard les puissances Germaniques d'Occident : il profita plusieurs fois de son autorité à l'égard de celles-ci, excepté dans le cas des Francs.

Caractéristiques du royaume de Théodoric :
Le domaine des Ostrogoths était alors aussi grand et bien plus munificent qu'il ne le fut jamais au temps d'Hermanaric : mais il était surtout d'un caractère complètement différent.
Les deux nations, différentes par leurs coutumes, leur langue et leur religion, vivaient côte à côte sur le sol de l'Italie. Chacune était dirigée par un souverain unique mais sous le régime de la personnalité des lois.
C'est cette image du règne de Théodoric, surtout, qui apparaît à travers les ordonnances élaborées en son nom et en celui de ses successeurs : dans l'ensemble, les Goths restèrent concentrés dans le nord de l'Italie. Dans le sud, ils ne formèrent guère plus que des garnisons.
Selon la conception de Théodoric, les Goths étaient les protecteurs armés des paisibles Romains : le roi Goth avait la difficile charge de gouverner alors que le consul Romain en recevait les honneurs.
De même, toutes les formes de l'administration Romaine subsistèrent sous le règne de Théodoric. La politique et la culture Romaine eurent même une grande influence sur les Goths. C'est là que la double culture du roi barbare joua à plein.
Notamment, la souveraineté sur des nations distinctes mais établies sur le même sol était nécessairement une conception Romaine du pouvoir, qui avait ses contraintes pesant lourdement sur la liberté des troupes Germaniques. Mais un tel système avait besoin d'un pouvoir fort, tenu par une personnalité comme celle de Théodoric : à sa mort l'édifice s'effondra.
En 526, Ostrogoths et Wisigoths furent de nouveau séparés. Les quelques exemples à travers lesquels ils agissent encore de concert portent sur des affaires espacées et sans importance réelle. Amalaric hérita du royaume Wisigoth en Espagne et en Septimanie. La Provence fut ajoutée au domaine du nouveau roi Ostrogoth, Athalaric, petit-fils de Théodoric par sa mère, Amalasunthe.
Aucun des deux souverains ne put régler les conflits qui survinrent au sein des élites Gothiques. Théodat, cousin d'Amalasunthe et neveu de Théodoric par la sœur de ce dernier, leur succéda après les avoir massacrés. Cependant, cette usurpation déclencha encore plus de carnages. Trois rois Goths se succédèrent sur le trône en l'espace de cinq ans.

La reconquête de l'Italie par les Byzantins :
La faiblesse de la position des Ostrogoths en Italie devint alors évidente. L'empereur Byzantin Justinien s'était toujours efforcé de restaurer autant que possible le pouvoir impérial en occident : il ne rata pas cette occasion d'intervenir.
En 535, il chargea son meilleur général et ami, Bélisaire, d'attaquer les Ostrogoths. Bélisaire envahit rapidement la Sicile et débarqua en Italie où il prit Naples, puis Rome en 536. Puis il marcha vers le nord et prit Mediolanum (Milan) et Ravenne, la capitale des Ostrogoths, en 540.
C'est alors que Justinien offrit aux Goths un arrangement généreux – de loin trop généreux aux yeux de Bélisaire : le droit de maintenir un royaume indépendant dans le Nord-Ouest de l'Italie, mais à la condition qu'ils s'acquittent d'un tribut de la moitié de leur trésor à l'Empire.
Bélisaire transmit le message aux Goths, bien que lui-même ne l'approuvait pas. Les Goths, qui ne faisaient pas confiance à Justinien, craignaient un piège, mais parce que Bélisaire s'était si bien comporté à leur égard lors de sa reconquête de l'Italie, ils acceptèrent de reconnaître cet arrangement si Bélisaire donnait son approbation. Cette situation conduisit à une impasse.
Une faction de la noblesse Gothique trancha : décrétant que leur propre roi qui venait d'être vaincu, Vitigès, était un lâche et qu'ils avaient besoin d'un nouveau souverain, ils se tournèrent vers Bélisaire. Éraric, leur chef, offrit la couronne à ce dernier. Bélisaire était un soldat fidèle à Justinien et non un homme d'État. Il fit comme si il acceptait l'offre, se rendit à Ravenne pour s'y faire couronner, mais il fit promptement arrêter les chefs Goths. Ensuite, il réclama l'intégralité de leur royaume pour Byzance.
Justinien était furieux : les Perses avaient attaqué l'Empire d'Orient à l'Est et il désirait qu'un État neutre et stable serve de tampon entre la frontière de ses possessions occidentales et le royaume des Francs. Ces derniers, en effet, étaient étrangers et paraissaient hostiles à l'égard de la cour orientale.
Bélisaire fut alors rappelé et envoyé en Orient contre les Perses. Il laissa un nommé Jean, officier Byzantin, gouverner temporairement l'Italie.
En 545, quand il put enfin retourner en Italie il trouva une situation considérablement changée : Éraric avait été assassiné et la faction pro-Romaine de l'élite Goth avait été renversée.
En 541, les Ostrogoths avaient élu un nouveau chef Totila : ce «nationaliste» Goth, brillant général, avait repris toute l'Italie du Nord et avait chassé les Byzantins hors de Rome.
Bélisaire reprit alors l'offensive : il dupa Totila pour reprendre Rome, mais perdit à nouveau la cité après que Justinien, jaloux et craintif de sa puissance, lui ait supprimé approvisionnements et renforts.
Le général, vieilli, fut alors contraint d'assurer la défense par ses propres moyens.
En 548, Justinien le remplaça en faveur du général eunuque Narsès en qui il avait plus confiance. Narsès ne déçut pas Justinien.
Totila fut massacré lors de la bataille de Taginae (Gualdo Tadino) en juillet 552 et ses partisans Teia, Aligern, Scipuar et Gibal furent tous tués ou se rendirent lors de la bataille de Mons Lactarius en octobre 552 ou 553.
Widin, le dernier chef attesté de l'armée Gothique se révolta à la fin des années 550 avec une aide militaire minimale des Francs. Son soulèvement fut sans conséquences : la révolte prit fin avec sa capture. Widin fut finalement conduit à Constantinople pour y être exécuté en 561 ou en 562.

L'héritage des Goths en Europe occidentale :
Après cette dernière défaite, le nom des Ostrogoths tomba dans l'oubli. La nation s'était pratiquement dissoute après la mort de Théodoric. La chance de former en Italie un État réunissant des éléments Romains et Germaniques, comme ceux qui surgirent par la suite en Gaule, en Espagne, puis dans les régions de l'Italie sous souveraineté Lombarde, fut ainsi perdue.
En conséquence, la place occupée par les Goths dans la mémoire Espagnole diffère de celle qu'ils tiennent dans la mémoire Italienne : en Italie, les Goths ne furent qu'un envahisseur temporaire, bientôt supplanté par les Lombards, alors qu'en Espagne ils surent constituer un élément important de la nation hispanique au haut Moyen Âge.
Aussi, l'image des Goths dans l'historiographie moderne Espagnole est positive et l'apport qu'ils constituèrent n'a été ni oublié, ni dédaigné : une partie du Nord de l'Espagne que les Maures ne conquirent pas, la région des Asturies, garda pendant un moment le nom de Gothie, de même que les possessions Gothiques dans le sud-ouest de la Gaule pourtant passées aux mains des Francs.

La chronologie :
- 242 : Coupé du monde Romain, le Bosphore Cimmérien (actuelle Crimée) tombe sous la domination des Ostrogoths installés en Ukraine.
- 257 : Les Goths se séparent en Ostrogoths et Wisigoths.
- 271 : Premier retrait important depuis le début de l'Empire, les Romains abandonnent la Dacie aux Ostrogoths.
- 371 : L'empire des Ostrogoths est aux mains des Huns.
- 375 : Forte poussée des Huns qui détruisent le royaume Ostrogoth en Russie du Sud.
- 425 : Les Vandales, les Ostrogoths et les Wisigoths s'installent dans les anciennes provinces Romaines.
- 456 : Les Ostrogoths se fixent sur le Danube inférieur.
- 493 : Théodoric le Grand, le chef des Ostrogoths est maintenant roi d'Italie.
- 508 : Début d'une campagne des Ostrogoths sous Théodoric le Grand en direction de la Gaule méridionale (fin en 511).
- 526 : Athalaric succède à Théodoric le Grand comme roi des Ostrogoths
- 526 : Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths et d'Italie meurt de la dysenterie.
- 534 : le 2 octobre, décès de Athalaric, roi des Ostrogoths
- 535 : Théodat, le nouveau roi des Ostrogoths étrangle sa femme la reine Amalasonthe, la fille de Théodoric le Grand.
- 536 : Les Ostrogoths cèdent la Provence aux Francs.
- 536 : Les Ostrogoths déposent leur roi inerte, Théodat, et élisent Vitigès, un général pour le remplacer.
- 537 : Ayant assuré ses arrières en concédant la Provence, aux mains des Ostrogoths depuis 508, aux Francs, Vitigès se déplace vers Rome et en fait le siège.
- 539 : Milan, la ville la plus importante de l'Italie après Rome, est reprise par les Ostrogoths et détruite. Les hommes sont massacrés et les femmes vendues comme esclaves.
- 540 : Vitigès, le roi des Ostrogoths est pris par Bélisaire qui s'empare de Ravenne.
- 543 : Les Ostrogoths réalisent une réforme agraire favorable aux paysans Italiens.
- 543 : Totila, le nouveau roi des Ostrogoths, avance en Italie où il prend Naples après un siège, Bélisaire retourne en Italie.
- 546 : Totila, roi des Ostrogoths prend Rome après un siège d'une année.
- 552 : Narsès défait et tue Totila le roi des Ostrogoths à la bataille de Busta Gallorum.
- 553 : Le général Byzantin Narsès défait Teias, le successeur de Totila comme roi des Ostrogoths, au mont Lactarius.
- 554 : L'empereur Byzantin Justinien lance un programme de réorganisation de l'administration de l'Italie après le chaos de 20 ans de guerre contre les Ostrogoths.


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