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Accent circonflexe

Voir la traduction de ce mot dans d \siʁ.kɔ̃.flɛks\ (du Latin, accentus circumflexus, le mot accent est apparu en 1265 et le mot circomflexe est apparu en 1550, le mot circumflexus (Du latin circumflexus, participe passé de circumflectere (« décrire un tour dans l'arène », « allonger la voyelle en prononçant ») composé de circum (« autour ») et flectere (« courber », « fléchir », « infléchir »).) est une traduction du Grec perispômenê, περισπωμένως, « sinueux »)
L'accent circonflexe est l'un des cinq diacritiques utilisés en Français. Il vient coiffer les voyelles a, e, i, o et u.
Il a trois fonctions principales, qui ne s'excluent pas :
- il précise la prononciation d'un a, d'un e ou d'un o ;
- il indique l'amuïssement d'une ancienne lettre ;
- il sert, fortuitement, de signe discriminant (c'est donc un diacritique au sens étymologique) permettant de distinguer des homophones.
Dans certains cas, le circonflexe n'a aucun rôle linguistique précis.

Les premières utilisations :
Le circonflexe est apparu pour la première fois en Français au XVIème siècle. C'est le Grec ancien, tel que typographié à l'époque (et encore maintenant pour l'essentiel), qui lui a fourni ce diacritique, constitué simplement de la réunion d'un accent aigu et d'un grave. Il semble que l'anatomiste et grammairien Jacques Dubois, dit Sylvius, soit le premier à l'avoir importé pour sa langue (bien qu'il ait écrit en Latin).
Plusieurs grammairiens de ce siècle ont tenté de lui donner un rôle dans l'orthographe de leur langue, rôle qu'il n'a pas forcément conservé. Il faut en effet attendre le XVIIIème siècle pour que son utilisation soit normalisée et devienne proche de celle qu'on lui donne aujourd'hui.

Chez Sylvius : (1478 ou 1489-1555)
Sylvius fait du circonflexe l'indicateur de diphtongues graphiques (ou fausses diphtongues, puisque le Français de cette époque n'a déjà plus de diphtongues prononcées). Il indique la motivation de ses choix dans son ouvrage Iacobii Sylvii Ambiani In Linguam Gallicam Isagoge una, cum eiusdem Grammatica Latinogallica ex Hebraeis Graecis et Latinus authoribus («  Une introduction à la langue Gauloise ainsi que sa grammaire à partir d'auteurs Hébreux, Grecs et Latins  », éditée par Robert Étienne en 1531), sorte d'étude grammaticale de la langue Française écrite en Latin dans laquelle il s'appuie principalement sur la comparaison entre les langues antiques et le Français pour expliquer les spécificités de sa langue (à cette époque, on ne conçoit pas encore de décrire une langue moderne autrement que par rapport aux modèles Grec et Latin). On lit, au début de l'ouvrage, la liste de ses conventions typographiques. Il y présente brièvement le circonflexe, qui sera décrit en détail plus loin : aî, eî, oî, oy, aû, eû, oû, diphthongoru notæ, vt maî, pleîn, moî, moy, fleûr, poûr, plenus, mihi, mei, flos, pro.
Traduction : « aî, eî, oî, oy, aû, eû, oû, sont les représentations des diphtongues, comme dans maî, pleîn, moî, moy, caûse, fleûr, poûr, c'est-à-dire, en Latin, maius, plenus, mihi, mei, causa, flos, pro. »
Note : il n'est pas possible de rendre ici les graphies de l'auteur. Celui-ci place en effet le circonflexe et le tréma non pas sur une des deux voyelles de la diphtongue mais entre les deux. L'image ci-dessus représente ces graphies. Contrairement à la copie qu'on donne ici de son texte, il n'y a pas d'italique pour isoler les autonymes. La ponctuation est modernisée (pas d'espace avant la virgule, une espace après le deux-points).
Sylvius est bien conscient qu'il s'agit dans ce cas d'une notation purement graphique car il reconnaît que de diphtongues, ces digrammes ne portent que le nom.
L'accent circonflexe s'oppose, pour les mêmes groupes de lettres, au tréma (placé aussi entre les deux voyelles). Le problème est que, comme le signale Sylvius, on ne trouve que peu de cas pour lesquels les lettres de ces groupes doivent être prononcées séparément : traî (« je trais ») ~ traï (« je trahis »), ce qui est normal : le Français de cet époque n'a plus de diphtongues réelles, les quelques cas signalés étant plutôt des coalescences, comme pour trahis, qui ne se prononce du reste pas comme l'Anglais try /traj/. Sylvius fait cependant grand usage de ses trémas pour la notation des sons Grecs ou Latins. Cette notation opposant les diphtongues graphiques aux diphtongues orales est cependant tout artificielle pour le Français. L'accent circonflexe ne se justifie pas, le tréma suffisant amplement pour les quelques formes ambiguës.
De cette notation, il ne reste rien dans l'orthographe actuelle, qui n'a gardé que le tréma (Sylvius n'en est cependant pas l'inventeur). Pourtant, ce grammairien met le doigt sur un problème important ; il explique en effet qu'à son époque eu est une graphie ambiguë :
- c'est soit [y] comme dans sûr, mûr, écrits meûr ;
- soit [œ] comme dans cœur, sœur, écrits par Sylvius au moyen d'un accent circonflexe surmonté d'un macron.
Or, cette ambiguïté sera, plus tard, bel et bien levée au moyen du circonflexe. Sylvius avait tout de même ouvert la porte aux réflexions sur la manière d'utiliser des signes auxiliaires pour bien écrire.

Chez Étienne Dolet :
Étienne Dolet, dans sa Maniere de bien traduire d'une langue en autre : d'aduantage de la punctuation de la langue Francoyse, plus des accents d'ycelle (1540), utilise le circonflexe (écrit cette fois-ci entre deux lettres) pour marquer trois métaplasmes :
1. La syncope (disparition d'une syllabe interne)
Il ne faut pas perdre de vue qu'à cette époque, sauf devant ou derrière une autre voyelle, où il a tendance à s'amuïr, le e caduc écrit est prononcé. C'est à cette époque que ce e caduc a commencé à disparaître en contact d'une autre voyelle, ce dont attestent les formes syncopées citées par Dolet, formes qui sont maintenant les seules correctes. D'autres syncopes citées, cependant, ne sont pas restées et choquent l'oreille.
2. L'haplologie (suppression de phonèmes répétés ou proches). Dolet cite des formes qui, actuellement, ne se disent plus.
3. La synérèse d'un é suivi d'un e caduc de féminin au pluriel en poésie, qui donne un é long (rappelons que le e caduc était normalement prononcé, même en fin de mots après voyelle). Toutes les formes que Dolet cite sont les seules considérées normales actuellement (si l'on oublie la quantité longue). Dolet précise bien qu'il faut se garder d'écrire l'accent aigu quand on note la contraction.
Sébillet a inclus le traité de Dolet dans son édition de 1556 de son Art poétique. Il fait imprimer l'accent circonflexe sur les voyelles pour les syncopes.
Dolet fait donc du circonflexe la marque des phonèmes amuïs : c'est bien une des principales fonctions actuelles de ce diacritique en Français. Cependant, des exemples qu'il donne, peu utilisent encore cet artifice, hormis âge : dans vraiment, l'ancien e en hiatus n'est simplement plus écrit, dans les féminins pluriels comme pensées, aucune modification n'a été apportée, vraisemblablement pour conserver les marques flexionnelles, utiles à la lecture. Son témoignage offre un double intérêt : outre pour l'histoire de la typographie, il s'avère important pour la phonétique historique du Français et permet de savoir que c'est à son époque que le e caduc (et d'autres voyelles) en hiatus a commencé à s'amuïr.

Indication de l'amuïssement d'une lettre :
Dans de nombreux cas, un accent circonflexe indique que le mot contenait une lettre maintenant disparue parce que le phonème qu'elle notait s'est amuï avec le temps.

Disparition d'un ancien s :
C'est, de loin, le phénomène le plus célèbre. La majorité des cas provient d'un /s/ en position appuyante, c'est-à-dire devant une autre consonne. Le /s/ devant une consonne s'est amuï au XIème siècle, aux alentours de 1066, entraînant un allongement compensatoire (et une fermeture permanente de la voyelle /o/), lequel s'est effacé après le XVIIIème siècle. Des néologismes postérieurs, cependant, ont pu introduire dans le lexique Français de nouveaux mots contenant un /s/ appuyant. Comme on va le voir, la situation est complexe.
Bien que la graphie ait longtemps gardé la présence de ce /s/, on ne s'est décidé qu'au XVIIIème siècle (dès l'édition de 1740 du dictionnaire de l'Académie Française) de s'en débarrasser et de noter cette disparition par le recours systématique à l'accent circonflexe, ce qui, de plus permet de préciser la prononciation de certaines voyelles le portant, comme o.
Au XVIIème siècle, pourtant, quelques tentatives de modification de la graphie avaient vu le jour, sans grand succès. Pierre Corneille, à qui l'on doit aussi l'opposition entre é et è, utilisait dans ses textes le s long pour indiquer qu'un s amuï allongeait la voyelle précédente et supprimait les s muets. Il donne les exemples suivants dans son « Avis au lecteur » du Théâtre de P. Corneille, reveu [= revu] et corrigé par l'autheur (1664) :
- s prononcé : peste, funeste, chaste, resiste, espoir ;
- s amuï suivant une voyelle allongée par sa chute ;
- s muet sans incidence sur le mot (ceux-ci s'écrivant à l'époque avec un s après le premier é) : vous étes, il étoit [= était], éblouir, écouter, épargner.
La formation de mots savants ou récents tirés de radicaux dans lesquels un /s/ est en position appuyante a amené des familles de mots à utiliser, ou non, le circonflexe, selon que le /s/ est prononcé (dans des mots formés ou empruntés après 1066, qui n'ont donc pas connu l'amuïssement du /s/ appuyant, ou empruntés à des langues dans lesquelles ce phénomène n'a pas eu lieu) ou non (mots plus anciens). Dans certains mots anciens, cependant, le /s/ en position appuyante, qui s'est nécessairement amuï, n'a pas été corrigé dans la graphie ou bien a été replacé par influence d'un autre mot proche. Par influence de la graphie sur la prononciation, il a même pu de nouveau être audible.
Il convient de noter que dans de nombreux mots Anglais empruntés au Français (et parfois revenus au Français plus tard), un s devant une consonne sourde se prononce, au contraire de l'étymon Français : forest ~ forêt, feast ~ fête, beast ~ bête, hospital ~ hôpital, etc.. En effet, ces mots ont été apportés en Angleterre lors des conquêtes de Guillaume le Conquérant (bataille de Hastings, 1066) à une époque où ils se prononçaient encore en Français. L'Anglais n'ayant pas connu l'amuïssement, la consonne est restée. Au contraire, le s devant une consonne sonore est amuï dans les deux langues car à l'époque de Hastings, il était déjà muet en Français. La séquence /s/ + consonne sonore (notée ici G) a en effet évolué plus vite que la séquence /s/ + consonne sourde (notée K).

Disparition d'autres lettres :
Outre s, d'autres lettres amuïes ont été représentées par un accent circonflexe. C'est le cas des voyelles en hiatus dont la première ne se prononçait plus ou qui s'était contractée avec la suivante.
Le cas est fréquent dans des mots où -u est issu d'anciennes diphtongues médiévales ëu /ey/ (le tréma n'est pas écrit à l'origine) venues à se prononcer /y/ mais écrite de manière conservatrice eu. Il faut attendre la fin du XVIIIème siècle pour que la graphie, hésitant entre ëu (le tréma sert aussi, en Français, à marquer une voyelle muette), eu ou û.

Autres cas :
Parfois, l'accent circonflexe n'a pas d'origine précise. Il peut, par exemple, être ajouté à un mot pour le rendre plus prestigieux : c'est le cas dans trône, prône ou surprême. D'autre part, à la première personne du pluriel du passé simple de l'indicatif, l'accent circonflexe n'a été ajouté que par analogie avec celui, motivé, de la deuxième personne du pluriel.
Cet accent est maintenant obligatoire à toutes les premières personnes du pluriel du passé simple.
Parfois, la seule explication est une probable imitation d'un autre mot où l'accent se justifie : traître imite maître (de maistre), drôle imite rôle (où l'accent ne sert qu'à préciser la prononciation fermée du /o/).

Signe discriminant :
Alors que, normalement, c'est l'accent grave qui sert principalement de signe discriminant en Français (là ~ la, où ~ ou, çà ~ ça, à ~ a, etc.), le circonflexe, pour des raisons historiques, en est venu à jouer un rôle semblable. En fait, les cas d'homographies évitées sont quasiment tous explicables par les raisons qu'on a vues plus haut : il serait donc faux de dire qu'il est dans certains mots un signe discriminant qu'on aurait ajouté comme on l'a fait avec l'accent grave. De fait, il permet cependant de lever des ambiguïtés, ce qui, dans les mots en u issu de eu, lui a permis d'être parfois conservé. On a en effet montré que les accents circonflexes issus d'anciennes diphtongues eü monophtonguées en ëu [y] puis écrites u ont été éliminés sauf quand ils s'avéraient utiles en cas d'homographie, comme pour su - et non *sû - venant de seü/sëu.

Cas notables :
- la dernière voyelle d'un verbe à la troisième personne du singulier du subjonctif imparfait porte toujours un accent circonflexe, pour des raisons étymologiques : ancien Français, la présence de cet accent peut modifier le sens complet d'une phrase. Par exemple, « Je rêvais d'une femme qui fût belle » (verbe à l'imparfait du subjonctif) a une signification totalement différente de « Je rêvais d'une femme qui fut belle » (verbe au passé simple ; cet exemple est dû à Jacques Cellard) ;
- le verbe haïr est l'un des seuls qui, au passé simple de l'indicatif et au subjonctif imparfait, ne prennent pas le circonflexe attendu car la voyelle qui devrait en être frappée a déjà le tréma : nous haïmes, vous haïtes, qu'il haït ;
- l'accent circonflexe, lorsqu'il frappe un radical verbal, se maintient par analogie même si la prononciation de la voyelle qui le porte ne le justifie pas.
- le maintien du /s/ appuyant amuï dans la flexion du verbe être (de estre) s'explique par sa fréquence d'emploi : il est n'est jamais devenu *il êt ;
- l'alternance que suivent les verbes de la famille de naître, plaire et paraître mérite d'être signalée car seule la troisième personne du singulier au présent de l'indicatif porte l'accent : je / tu plais mais il plaît (de ploist).


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