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Langue Picard : Généralités

Le Picard est une langue proche du Français ; c'est donc une langue romane. Il est parlé en France dans le Nord-Pas-de-Calais et en Picardie, et dans l'ouest de la Wallonie (Belgique).
Dans la région Picardie, on parle de Picard, alors qu'on emploie plutôt les sobriquets chti, chtimi dans le Nord-Pas-de-Calais (et Rouchi dans la région de Valenciennes) même si les Nordistes parlent simplement de patois. Les linguistes emploient uniquement la désignation de Picard. En effet, qu'on l'appelle patois, Picard ou «chti», il s'agit de la même langue, et les variétés qui sont parlées en Picardie et dans le Nord-Pas-de-Calais sont assez largement intercompréhensibles.

La Communauté Française de Belgique a reconnu officiellement le Picard comme langue régionale à part entière, aux côtés du Wallon, du Gaumais (Lorrain), du Champenois et du Francique (décret de 1990).
Il n'en va pas de même de l'État Français qui n'a pas encore franchi ce pas (conformément à sa politique d'unité linguistique, qui ne reconnaît que la langue officielle sur le territoire national), bien que certains rapports aient reconnu le Picard comme une langue séparée du Français.

Origine et variation dialectale :
Le Picard fait partie des langues d'oïl (comme le Français) et appartient à la famille des langues Gallo-Romanes. Il s'agit d'un ensemble de variétés utilisées à l'écrit (scriptae) dans le Nord de la France dès avant l'an 1000 (le Sud de la France utilisait alors plutôt les langues d'oc, ou Occitan). C'est d'ailleurs souvent aux langues d'oïl que l'on fait référence lorsque l'on parle d'ancien Français.
Le Picard est phonétiquement assez bien différencié des langues d'oïl centrales, qui donneront naissance au Français ; parmi les traits les plus remarquables, on peut noter une évolution moins marquée en Picard des phénomènes de palatalisation, qui frappent dans les langues d'oïl /k/ ou /g/ devant /y/ (son initial de yacht), /i/ et /e/ toniques, ainsi que devant /a/ (/o/ ouvert de porte) toniques pour l'ancien Français central mais pas le Picard :
- Picard keval ~ ancien Fançais cheval (prononcé tcheval), de *kábal (Latin vulgaire cáballus) : maintien du /k/ originel en Picard devant /a/ toniques ;
- Picard gambe ~ ancien Français jambe (prononcé djambe), de *gámbe (latin vulgaire gámba) : absence de palatalisation de /g/ en Picard devant /a/ toniques ;
- Picard kief ~ ancien Français chef, de *káf (Latin cáput) : palatalisation moins importante du /k/ en Picard ;
- Picard cherf (prononcé tcherf) ~ ancien Français cerf (prononcé tserf), de *kárf (Latin cérvus) : palatalisation simple en Picard, palatalisation puis assibilation en ancien Français.
On peut résumer ces effets de palatalisation ainsi :
- /k/ + /y/, /i/ ou /e/ (toniques) : Picard (prononcé tch et noté par ch) ~ ancien Français /ts/ (noté par c) ;
- /k/ et /g/ + /a/ toniques : Picard /k/ et /g/ ~ ancien Français (noté ch) et (prononcé dj comme dans djebel et noté par j).
Ainsi, l'on en arrive à des oppositions frappantes, telles que Picard cachier (prononcé catchier) ~ ancien Français chacier (prononcé tchatsier, lequel deviendra plus tard chasser, forme du Français moderne).
Du fait de la proximité du Nord et de la région parisienne, le Français, c'est-à-dire principalement l'ensemble de langues parlées autour de Paris, influencèrent beaucoup le Picard. De cette proximité entre le Picard et le Français vient d'ailleurs la difficulté à le reconnaître comme une langue à part plutôt que comme «une déformation du Français», comme on le pense souvent.
Le Picard se manifeste comme un ensemble de variétés, extrêmement proches cependant. Un énumération précise reste difficile en l'absence d'études spécifiques sur la variation dialectale, mais on peut probablement distinguer provisoirement les principales variétés suivantes : Amiénois, Vimeu-Ponthieu, Vermandois, Thiérache, Beauvaisis, «chtimi» (Bassin Minier, Lille), variétés circum-lilloises (Roubaix, Tourcoing, Mouscron, Comines), «rouchi» (Valenciennois) et Tournaisis, Borain, Artésien rural, Boulonnais. Ces variétés se définissent par des traits phonétiques, morphologiques ou lexicaux spécifiques, et parfois par une tradition littéraire particulière.

L'usage du Picard :
Le Picard n'est pas enseigné à l'école (en-dehors de quelques initiatives ponctuelles et isolées) et n'est parlé qu'entre amis ou en famille. Il fait néanmoins l'objet d'études et de recherches dans les Universités de Lille et d'Amiens. Le déplacement des personnes étant de nos jours bien différent de ce qu'il était autrefois, les différentes variétés du Picard tendent à s'uniformiser. Dans sa pratique quotidienne, le Picard tend à perdre de son identité en se confondant avec le Français régional. D'ailleurs, de nos jours, si la plupart des Nordistes peuvent comprendre le Picard, de moins en moins sont capables de le parler et ceux pour qui le Picard est la langue maternelle sont de plus en plus rares.
Cependant, le Picard est loin d'être mort et constitue un élément encore important et vivant de la vie quotidienne et du folklore de cette région.

Le Picard à l'écrit :
Le Picard est maintenant avant tout une langue exclusivement parlée. Ce n'a pas été le cas à l'origine : la période médiévale puis celle correspondant au moyen Français, en effet, sont riches de textes littéraires en Picard ; celui-ci, cependant, n'a pas su s'imposer face à la langue littéraire interrégionale qu'était devenu le Français et s'est peu à peu réduit au statut de «langue régionale».
On trouve une littérature Picarde récente qui date surtout des deux derniers siècles, qui ont vu naître partout en France les affirmations identitaires régionales en réponse au modèle républicain centralisé issu de la Révolution. Aussi le Picard écrit n'est-il que la retranscription de l'oral. Pour cette raison, on trouve souvent plusieurs orthographes (de la même manière que pour le Français avant que celui-ci ne soit normalisé). L'une des orthographes s'inspire directement des mots Français. Elle est sans doute la plus simple à comprendre mais elle est aussi sans doute à l'origine de l'idée selon laquelle le Picard n'est qu'une déformation du Français. Diverses réflexions orthographiques ont été menées depuis les années 1960 pour pallier cet inconvénient, et donner au Picard une identité visuelle distincte du Français. Il existe actuellement un certain consensus, au moins parmi les universitaires, autour de la graphie dite Feller-Carton (adaptation au Picard, par le professeur Fernand Carton, de l'orthographe du Wallon mise au point par Jules Feller).


Exemple
Traduction

Everyone is entitled to all the rights and freedoms set forth in this Declaration, without distinction of any kind, such as race, colour, sex, language, religion, political or other opinion, national or social origin, property, birth or other status. Furthermore, no distinction shall be made on the basis of the political, jurisdictional or international status of the country or territory to which a person belongs, whether it be independent, trust, non-self-governing or under any other limitation of sovereignty.


Logo de la date de modification 06/06/2021 Logo du nombre de vues 1 942 vues

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L'actualité liée à cet article est la suivante :

Le Picard : Correction de l'exemple pour la langue Picard (merci à JM Eloy). (01/07/2007)


Cette langue est transcrite avec l'écriture suivante :
Les Ecritures : Latin


Cet élément est cité dans les 2 articles suivants :

Les Langues : Langue Française : Généralités, Langue Wallone : Généralités


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