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Les Aïmag

Parmi les peuples d'Afghanistan, les Aïmag (Aïmaq) sont les moins connus. En l'absence de tout recensement, on évalue leur nombre à plus de 400 000. Habituellement, on les désigne sous le terme de Char Aïmag ou Quatre-Tribus, lesquelles sont les Djamshidi, les Firouz-Kohi, les Taimani et les Hazara-e-Qala-i-Nao. Si leur lingua franca est le Persan, il est possible qu'au cours des siècles ils se soient mélangés à des populations Turques et Mongoles. Pour la plupart, ce sont des paysans semi-nomades vivant sous la yourte, ou khirgah, pendant l'été. Ceux qui sont sédentaires vivent dans des maisons de brique crue. Au XVIème siècle, Babour les mentionne comme des peuplades occupant le Turkestan afghan et dont l'habitat les rattache au groupe Turco-Mongol ; ils sont aujourd'hui installés dans les provinces du Ghor, les hautes vallées de la Murghab, au sud de Hérat et aux alentours de Farah. Présentant des traits physiques proches des Tadjiks, ils se considèrent comme Tadjiks.
Semi-nomades, les Hazara-e-Qala-i-Nao se déplacent dans les régions proches de Qala-i-Nao (Badghis) ; ils parlent le Persan, sont musulmans sunnites et affirment n'avoir aucune parenté avec les Hazara de secte shi'ite et de race Mongole. Leurs villages sont faits de maison à coupole (gumbad), que leurs occupants quittent pendant l'été pour vivre sous la yourte de feutre ; ils élèvent moutons et chèvres. L'essentiel des récoltes provient de cultures sèches, ou lalmi, qui couvrent les collines après les premières pluies de printemps (blé, orge et millet). Les Hazara-e-Qala-i-Nao s'adonnent aussi à la culture du coton. S'ils ignorent le tribalisme, ils se marient endogamiquement, entre cousins parallèles. La monogamie prédomine.
Quant aux Djamshidi et aux Firouz-kohi, les premiers sont installés dans la région de Kouskh, au nord de Hérat, les seconds sur le cours supérieur de la Murghab. Leur langue est proche du dialecte Hérati (Persan). Agriculteurs, ils sont aussi des semi-nomades : en hiver, ils vivent dans des villages de brique crue ou kislak ; pendant l'estivage, ils récoltent les cultures en lalmi (blé, millet). Ce sont des musulmans sunnites.
Les Taimani, enfin, constituent le groupe Aïmag le plus important. Ils vivent dans les vallées du Ghor et le long du Hari Rud. Leurs villages sont construits le long des torrents et sont entourés de cultures irriguées (abi). Les récoltes ont lieu en août (blé, maïs, orge, melon).
Les Taimani sont généralement monogames. Bien que musulmans sunnites, comme les nomades Pachtou (Pashtan), les Taimani entretiennent avec ceux-ci des rapports d'inimitié : pour des partages de pâtures, les querelles éclatent facilement. Les structures sociales des Taimani sont de type féodal : villages et hameaux sont placés sous la tutelle d'un chef, gros propriétaire, tout-puissant, et qui a droit au titre de khan ou de malek ; celui-ci entretient les chemins, la mosquée et la maison d'hôte, mais ses sujets sont corvéables ; il est rééligible chaque année par le conseil des «barbes blanches». Si la société Taimani se divise en propriétaire et éleveurs, elle est, pour l'essentiel, constituée de travailleurs agricoles et de métayers (mazdur). Les propriétaires ont le droit d'eau et louent la terre irriguée (abi). Les cultures en lalmi sont libres. Si les travailleurs louent la terre, le propriétaire fournit semence et outils, en échange de quoi il reçoit plus de la moitié de la récolte. L'origine des Taimani est obscure. Selon la légende, ils seraient les descendants de Zahhak, un roi des temps préislamiques.
Si les Aïmag possèdent des troupeaux de moutons et de vaches, ils échangent aux nomades Pachtou la graisse animale nécessaire à leur alimentation. Celle-ci est à base de pain et de laitages, notamment de fromage séché (qurut). Semi-nomades, ils transhument de quelques dizaines de kilomètres. L'hivernage a lieu dans des hameaux de maisons de pierre accrochés au flanc des montagnes. Ils passent l'été au fond des gorges sous des tentes rondes faites de feutre et différentes de la yourte par leur forme allongée. C'est à cette époque qu'a lieu la récolte des mûres, avec lesquelles on prépare le talkan, sorte de gâteau ; cette récolte constitue avec les noix et les abricots une part importante des provisions d'hiver. À la fin de l'automne, les Aïmag quittent les gorges à cause du froid et retrouvent leurs quartiers d'hiver, vers lesquels ils doivent monter l'eau ; celle-ci est stockée, dès les premières neiges, dans de vastes citernes en pierre distribuées sur le pourtour des villages, et cela leur permet de séjourner dans le kislak jusqu'au printemps. Hommes et femmes participent aux travaux des champs. À la différence de la plupart de femmes Afghanes, la femme Taimani ne reste pas cloîtrée derrière les murs de la ferme et ne porte pas le voile. Jusqu'à leurs fiançailles, les jeunes filles ont le crâne rasé, à l'exception d'une frange et de deux bandeaux. Parce qu'elle contribue activement à la vie économique (moissons, tapis, tissage des tentes, travail de broderie, etc.), la femme est une valeur marchande, dont le prix est très élevé.


Logo de la date de modification 26/05/2021 Logo du nombre de vues 931 vues

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