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Le peuple Inuit

(autrefois nommés Esquimaux ou Eskimos), peuple arctique habitant de petites enclaves des zones côtières du Groenland, en Amérique du Nord-Arctique (y compris le Canada et l'Alaska), et la Sibérie de l'extrême nord-est. Le nom qu'ils se donnent eux-mêmes est Inuit (Yuit en langue de Sibérie et d'Alaska), qui signifie «les Hommes». Le nom Eskimo, considéré comme péjoratif, signifie «mangeurs de viande crue», terme qui leur fut improprement appliqué par un peuple Algonquin.

Caractéristiques physiques et groupements régionaux :
Le peuple Inuit s'est physiologiquement adapté au climat arctique comme le montrent entre autres leur métabolisme et leur système circulatoire. Habitant une région qui s'étend sur près de 5150 km, les Inuit disposent d'un territoire géographique plus vaste que n'importe quels habitants aborigènes et sont le peuple le plus dispersé de la terre. Ils se partagent généralement en huit divisions géographiques, de l'est à l'ouest :
- les Inuit du Groenland, vivant sur les côtes sud-est et sud-ouest du sud du Groenland, qui ont adopté de nombreux usages européens, sont connus sous le nom de Groenlandais ou Kalaallitt (Kalâtdlit) ;
- les Inuit du Labrador, qui occupent la côte depuis un point situé en face de Terre-Neuve jusqu'à la baie d'Hudson, avec quelques implantations au sud de la terre de Baffin ;
- les Inuit du Centre, comprenant ceux du Grand Nord groenlandais et, au Canada, ceux de la terre de Baffin et de l'ouest de la baie d' Hudson ;
- les Inuit de la l'île Banks, la terre de Victoria et d'autres grandes îles au large de la côte arctique centrale ;
- les Inuit de l'ouest de l'Arctique ou Inuvialuit, le long de la côte arctique ouest du Canada ;
- les Inuit d'Alaska ;
- les Yuit d'Alaska ;
- les Yuit de Sibérie.

L'histoire :
Des faits archéologiques, linguistiques et physiologiques permettent de conclure que les Inuit ont traversé le détroit de Béring pour migrer de la Sibérie vers l'Amérique du Nord arctique. Les Inuit, qui furent des arrivants plus tardifs par rapport aux autres Amérindiens, ont des éléments culturels communs avec les peuples arctiques sibériens et leurs plus proches parents, les Aléoutes. Les plus anciens sites archéologiques identifiables comme Inuit, au sud-ouest de l'Alaska et dans les îles Aléoutiennes, datent d'environ 2000 avant JC et sont sensiblement différents des sites Inuit plus récents. Vers 1800 avant JC, la culture extrêmement développée des chasseurs de baleines et d'autres cultures apparentées sont nées en Sibérie et dans la région du détroit de Béring. Au Groenland, la culture Inuit fut influencée par les colons médiévaux Scandinaves puis, en 1700, par les colons Danois.

La langue et littérature :
Les langues des peuples Inuit constituent une sous-famille de la famille linguistique Eskimo-Aléoute. Il existe des divisions linguistiques en Alaska, selon que les locuteurs s'appellent Inuit (Inuk au singulier ou Yuit (Yuk au singulier). La branche orientale de la sous-famille — généralement appelée Inupiak en Alaska mais aussi Inuktitut au Canada et Kalaallisut (Kalâdtlisut) au Groenland — s'étend de l'est de l'Alaska jusqu'au Canada et du nord au sud du Groenland. Elle forme une chaîne de dialectes — c'est-à-dire qu'elle se compose de nombreux dialectes, qui sont chacun compréhensible par les locuteurs des dialectes voisins, mais pas par les locuteurs des dialectes géographiquement distants. La branche ouest, appelée Yupik, comprend trois langues distinctes : le Yupik du centre de l'Alaska et le Yupik du golfe du Pacifique en Alaska, ainsi que le Yupik sibérien en Alaska et au Canada, comprenant chacun plusieurs dialectes. Les dialectes Inupiaks ont plus de 40000 locuteurs au Groenland et plus de 20000 en Alaska et au Canada. Les langues Yupiks sont parlées par 17000 personnes, dont environ un millier dans l'ancienne Union soviétique. Ces différentes langues sont parlées la première année scolaire dans certaines parties de la Sibérie, pour l'instruction religieuse et l'éducation dans les écoles sous juridiction Inuit en Alaska, et dans les écoles et moyens de communications du Canada et du Groenland.
Les langues Inupiaks et Yupiks disposent d'un grand nombre de suffixes qui s'ajoutent à un plus petit nombre de mots racines ; ces suffixes fonctionnent de façon similaire aux terminaisons verbales, terminaisons de cas, locutions prépositionnelles, et même à des propositions entières en langue Anglaise. Un mot racine peut ainsi naissance à de nombreux mots dérivés, souvent longs de plusieurs syllabes et aussi de sens extrêmement spécifique. Ils sont parfois suffisamment complexes pour faire fonction de phrase entière.
Comme ces langues sont parmi les plus complexes et les plus difficiles du monde, peu d'explorateurs ou de négociants les ont apprises. Ils utilisaient à la place un jargon composé de Danois, d'Espagnol, de Hawaïen, mêlé de mots Inupiaks et Yupiks. Les langues Inupiaks et Yupiks possèdent elles-mêmes une riche littérature orale, et un certain nombre d'auteurs Groenlandais ont écrit en Inupiak.

L'organisation sociale :
Les coutumes des Inuit sont remarquablement uniformes malgré la large diffusion de ce peuple. La famille — qui comprend le noyau familial, les parents proches et les parents par alliance — est l'unité sociale la plus importante. Dans la culture traditionnelle, les mariages, bien que parfois arrangés, sont généralement ouverts au choix individuel. La monogamie est d'usage mais la polygynie et la polyandrie existent aussi. Le mariage, qui est une quasi-nécessité pour la survie physique, est fondé sur une division stricte du travail. Chacun des époux conserve ses propres outils, ses biens ménagers et d'autres possessions personnelles. Les hommes construisent les maisons, chassent et pêchent, tandis que les femmes font la cuisine, préparent les peaux d'animaux et fabriquent des vêtements. La nourriture, comme le gibier et le poisson, est considérée comme la propriété de la communauté. La loi sociale sous-jacente est l'obligation d'aider son prochain. Les railleries de la communauté sont le moyen de contrôle social le plus courant. Dans des cas extrêmes, après d'interminables délibérations, un délinquant peut être socialement banni ou même mis à mort. En l'absence de toute structure légale communautaire, faire du mal à quelqu'un d'autre met en danger son propre groupe familial (qui est tenu responsable du délit) et une vendetta par le sang devient possible. Les manifestations d'émotions trop vives sont fermement condamnées. Certains groupes règlent les conflits par des combats ou des duels de chansons, au cours desquels les protagonistes en colère improvisent des chansons insultantes ; le perdant peut alors être chassé de la communauté.
Les alliances entre personnes non parentes sont créées et entretenues par des cadeaux donnés en témoignage de respect. Le chef d'une maisonnée offre même parfois le compagnie de la femme la plus estimée, qui peut toutefois refuser.

La nourriture :
Le régime traditionnel Inuit se compose principalement de poisson, de phoques, de baleines et d'autres mammifères marins, dont la chair est mangée cuite, séchée ou congelée. Le phoque, leur aliment de base en hiver, est leur ressource la plus précieuse. Il leur fournit la nourriture pour les chiens, des vêtements et des matériaux servant à faire des bateaux, des tentes et des lignes de harpon aussi bien qu'un combustible pour s'éclairer ou se chauffer. Dans les régions intérieures de l'Alaska et du Canada, les Inuit chassent le caribou en été. Dans une moindre mesure, l'ours polaire, le renard, le lièvre et des oiseaux de l'Arctique, surtout des oiseaux de mer, fournissent aussi des quantités importantes de viande. Les gros gibiers comme la baleine, le morse et le caribou exigent des expéditions de chasse plus importantes, avec plusieurs familles. La plupart d'entre elles suivent un cycle saisonnier de chasse et de pêche qui les mène d'un bout à l'autre de leur territoire ; en route, ils font souvent du commerce avec d'autres groupes. En cette fin du XXème siècle, beaucoup d'Inuit ont des emplois salariés et achètent leur alimentation dans le commerce.

L'habitat, transport et vêtements :
Les igloos (de l'Inuit iglu, «maison») sont de deux sortes : tentes en peau de morse ou de phoque pour l'été, et des huttes ou des maisons pour l'hiver. Les maisons d'hiver sont généralement faites de pierre avec une charpente de bois flotté ou d'os de baleine, fissurées et couvertes de mousse ou de tourbe. L'entrée est un long passage étroit, juste assez haut pour laisser entrer une personne rampant à quatre pattes. Pendant de longs voyages, certains Inuit canadiens construisaient des maisons d'hiver faites de blocs de neige, empilés en forme de dôme. Rares aux Groenland et inconnues en Alaska, elles étaient autrefois les maisons d'hiver permanentes des Inuit du centre et de l'est du Canada. Au XXème siècle cependant, de nombreux Inuit sont partis vivre en ville dans des logements modernes de style occidental, construits par le gouvernement.
Les moyens de déplacement traditionnels sont le kayak, l'oumiak et le traîneau à chiens. Le kayak en état de naviguer est un bateau de chasse semblable à un canoë fait d'une armature de bois entièrement recouverte de peau de phoque à l'exception d'une ouverture ronde, où s'assoit l'unique occupant. Au Groenland et en Alaska, la peau entourant le trou peut être resserrée étroitement autour de l'occupant, rendant le kayak pratiquement étanche. L'oumiak, un bateau plus grand, ouvert, d'environ 9 m de long et 2,4 m de large, fait d'une structure en bois couverte de peaux de morse, sert aux expéditions de chasse à la baleine et, parfois, aux transports des familles et des objets. Le traîneau, tiré par une équipe de chiens eskimos admirablement adaptés à cette fonction, est présent chez tous les Inuit sauf ceux du sud du Groenland. Les patins de fer ont remplacé ceux d'ivoire ou d'os de baleine. Dans la seconde moitié du siècle, les bateaux à moteur et les autoneiges sont aussi devenus des moyens de locomotion importants.
Les vêtements traditionnels Inuit des hommes comme des femmes se composent de bottes étanches, de pantalons doublés et de la parka, une veste qui s'enfile par la tête, doublée et ajustée avec une capuche. Le tout est fait de peaux et de fourrures. Un capuchon élargi forme un berceau pratique pour allaiter les nourrissons.

Les croyances religieuses :
Les croyances Inuit traditionnelles sont une forme d'animisme, selon lequel tous les objets et les êtres vivants ont une âme. Tous les phénomènes surviennent par l'action d'un quelconque esprit. Les esprits, qui ne sont intrinsèquement ni bons ni mauvais, peuvent affecter la vie des gens et, bien qu'ils ne soient pas influencés par les prières, des charmes ou des talismans magiques permettent de les contrôler. La personne pouvant le mieux maîtriser les esprits est le chaman, mais n'importe qui disposant des charmes ou des amulettes appropriés peut exercer ce contrôle. On consulte habituellement les chamans pour guérir des maladies et résoudre des problèmes graves. Les tabous communautaires et individuels sont observés pour éviter d'offenser les esprits animaux, et les animaux tués pour la nourriture doivent être manipulés selon les rituels prescrits.
Les rituels et les mythes Inuit reflètent une préoccupation de survie dans un environnement hostile, ce qui n'est pas surprenant. Il existe de vagues croyances de réincarnations et de vie dans l'au-delà, mais elles sont peu développées. La plupart des rites communautaires sont concentrés sur la préparation de la chasse, et les mythes traitent souvent des relations qui existent entre les êtres humains, les animaux et l'environnement. Dans le Canada arctique, le Groenland, le Labrador, et le sud de l'Alaska, un grand nombre d'Inuit se sont convertis au christianisme.

Les arts et artisanat :
Depuis l'époque préhistorique, les outils Inuit ont été remarqués pour leur construction soignée et la beauté de leurs décorations sculptées. L'ivoire des morses et des baleines, le matériau de sculpture le plus accessible, est façonné en figurines représentant des animaux et des personnes, et en boutons, manches et autres éléments d'outils décorés. Le bois flotté et les os de baleine sont sculptés en masques de cérémonie, dont certains sont suffisamment petits pour être portés sur des doigts de femmes lors de danses rituelles. Après les premiers contacts avec des commerçants Européens, Canadiens, et Américains au XVIIIème siècle, les Inuit se mirent à fabriquer comme objets d'échanges des défenses sculptées, des objets d'ivoire et d'os de baleine, comme par exemple des cannes et des tables de jeu. Après 1950, le gouvernement Canadien, soucieux des pressions qui poussaient de plus en plus les Inuit dans une économie de marché, encouragea la création et la vente de sculptures très sophistiquées en stéatite. La sculpture et la gravure, vendues par l'intermédiaire de coopératives, sont devenus des piliers de l'économie Inuit canadienne et l'aspect le mieux connu de leur culture.
Les chants et les danses de cérémonie constituent l'essentiel des arts du spectacle Inuit. Certaines chansons magiques sont considérées comme des propriétés personnelles et peuvent être vendues ou échangées. Le principal instrument de musique est le tambour des chamans, peu profond et semblable à un tambourin.

L'adaptation aux changements :
À la fin du XXème siècle, les Inuit se sont mis à constituer des organismes chargés de représenter leurs intérêts. De tels organismes ont par exemple contribué à répondre aux revendications territoriales. L'Internation Inuit Circumpolar, Conférence fondée en 1977, se réunit tous les trois ans. Elle offre un forum aux Inuit du Groenland et d'Amérique du Nord pour discuter des problèmes courants, faire pression pour intégrer les Inuit dans les plans de développement économique, et promouvoir la protection de l'environnement.


Logo de la date de modification 06/06/2021 Logo du nombre de vues 174 vues

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Cet élément est cité dans les 2 articles suivants :

Les Familles de langues : Langues Amérindiennes

Les familles d'hommes : Les peuples Amérindiens


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