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Le peuple Japonais

En 2003, la population du Japon a été estimée à 127 millions d'habitants, soit une densité de 337 habitants au km2. Mais le Japon ne couvrant pas plus de 70000 km2, la densité s'élevait en 1995, dans certaines régions, à plus de 2000 habitants au km2 et jusqu'à 12830 habitants au km2 pour la ville de Tokyo et 11794 habitants au km2 pour la ville d'Osaka. Environ 45 % de la population se concentrent dans les conurbations de Tokyo-Yokohama-Chiba-Kawasaki, Osaka-Kobe-Kyoto et Nagoya. La croissance annuelle de la population — 0,25 % entre 1990 et 1995 — devrait encore diminuer pour atteindre 0,22 % pour la période 1995-2000 : c'est l'un des taux les plus bas du monde asiatique. L'indice de fécondité était, en 2003, de 1,38 enfant par femme, et pour la même année, on estime à 15 % la part des moins de 15 ans dans la population totale et à 18,6 % celle des personnes âgées de 65 ans et plus. Ajoutés à une espérance de vie moyenne qui atteint 77,6 ans pour les hommes et 84,4 ans pour les femmes, ces chiffres trahissent le vieillissement de la population Japonaise, dont les répercussions sur le plan économique et social sont lourdes. En effet, d'après les prévisions démographiques les plus récentes, la population totale Japonaise devrait encore augmenter jusqu'en 2007, pour atteindre plus de 128 millions d'habitants. Elle devrait ensuite commencer à diminuer pour ne plus s'élever qu'à environ 60 millions de personnes en 2051, avec un pourcentage de personnes âgées de plus de 65 ans supérieur au tiers de la population globale.
Les Japonais appartiennent au rameau dit Mongoloïde, comme les Chinois et les Coréens, tout en s'en distinguant par des particularités physiques et linguistiques. L'origine du peuplement de l'archipel Japonais est d'ailleurs très complexe, et reste encore partiellement un mystère : les données historiques, linguistiques et archéologiques laissent penser que le brassage des peuples s'est fait très tôt, sans qu'il soit possible de déterminer avec certitude les différentes vagues de peuplement et leur provenance.
Les Aïnu, population dont les origines, vraisemblablement plus proches des Australoïdes que des Mongoloïdes, sont particulièrement difficiles à déterminer, constituent le seul groupe indigène important. Des siècles de guerre, puis une assimilation par mariages intercommunautaires, font qu'aujourd'hui seuls quelques milliers d'entre eux subsistent, pour la plupart à Hokkaido. Les étrangers résidant au Japon étaient près d'1,5 million en 1997, parmi lesquels les communautés Coréenne (645000 personnes en 1997, soit 43,5 % du total des immigrés) et Chinoise (252000 personnes en 1997, 17 %), implantées de longue date, sont les plus importantes. Aujourd'hui, les groupes d'immigration en constante augmentation sont ceux venus du Brésil (233000 personnes en 1997) et des Philippines (93000 personnes en 1997). Les Américains représentent à peine 3 % de la population d'origine étrangère.

L'institutions et vie politique :
Le Japon est une monarchie parlementaire, régie depuis le 3 mai 1947 par une Constitution promulguée le 3 novembre 1946, élaborée sous la pression des autorités Américaines d'occupation, et adoptée au titre d'amendement à la Constitution édictée par l'empereur Meiji en 1889. Elle en diffère cependant sur des points essentiels, interdisant notamment à l'empereur (tenno), qui concentrait jusque-là les fonctions de chef de l'État, de chef des armées et de chef des pouvoirs exécutif et parlementaire, de se mêler de politique : le «pouvoir souverain est détenu par le peuple».

Le rôle de l'empereur :
C'est l'empereur qui détient le pouvoir spirituel sur le pays depuis les débuts de l'histoire Japonaise. Il s'est arrogé également le pouvoir exécutif entre la Restauration (1868) et la fin de la Seconde Guerre mondiale (1945), date à laquelle il a retrouvé ses fonctions honorifiques. La lignée impériale est réputée ininterrompue depuis les origines, l'héritier du trône étant toujours choisi parmi les héritiers directs de l'empereur régnant ou au sein de l'une des quatre familles princières, dont le rang est égal à celui de la famille impériale. Depuis le 7 janvier 1989, c'est Akihito, fils de Hirohito, qui règne sur le Japon ; il a inauguré l'ère Heisei.

Le pouvoir exécutif :
Le pouvoir exécutif est confié à un cabinet ministériel de 18 ministres, dirigé par un Premier ministre symboliquement investi par l'empereur. Celui-ci, qui est élu par la Diète, est en général le chef du parti majoritaire. Il choisit les membres du cabinet au sein de la Diète et soumet son choix à l'approbation de cette dernière. Le Premier ministre et le cabinet sont tous deux responsables devant la Diète.

Le pouvoir législatif :
Depuis 1947, le pouvoir législatif est détenu par la Diète, composée de deux Chambres : la Chambre des représentants (Chambre basse) et la Chambre des conseillers (Chambre haute). Les représentants (au nombre de 480 depuis les élections de juin 2000) sont élus pour quatre ans (sauf en cas de dissolution de la Chambre). Les membres de la Chambre des conseillers (au nombre de 252) sont élus pour six ans et renouvelés par moitié tous les trois ans. La Chambre des représentants a la prééminence sur la Chambre des conseillers ; les décisions prises par la Chambre haute peuvent faire l'objet d'un veto de la part de la Chambre basse, laquelle exerce aussi son contrôle sur les lois portant sur les traités et les questions fiscales. Le premier système de scrutin, dit «intermédiaire», a été remplacé en janvier 1994 par un système partiellement proportionnel de représentation. Dans les deux chambres de la Diète, une partie des sièges est directement pourvue lors d'élections de district, tandis que l'autre est attribuée aux divers partis politiques, en fonction des résultats des élections nationales. Tous les citoyens Japonais ayant atteint l'âge de 20 ans ont le droit de vote.

Le pouvoir judiciaire :
Le système judiciaire Japonais, influencé lors de sa mise en place par le système Américain, est très indépendant des autres pouvoirs. Il se compose d'une Cour suprême, de huit tribunaux supérieurs (un par région), de 47 tribunaux de district (un par département, sauf Hokkaido, qui en possède quatre) et de nombreux tribunaux ordinaires. La Cour suprême, plus haute juridiction du pays, statue en dernier recours sur la constitutionnalité des lois, règlements et décrets. Elle se compose d'un président nommé par l'empereur sur recommandation du cabinet et de 14 juges nommés par le cabinet. Les tribunaux supérieurs jugent en appel les affaires civiles et criminelles traitées en première instance par les tribunaux de district. Les tribunaux ordinaires sont des tribunaux de première instance, qui ont compétence pour juger les litiges administratifs.

Le gouvernement local :
Chacun des 47 départements du Japon est administré par un gouverneur élu et une assemblée. Chaque municipalité possède une assemblée composée de représentants élus au suffrage universel. Les municipalités ont des pouvoirs assez importants. Elles contrôlent l'enseignement public et peuvent lever des impôts.

Les langues et religions :
La langue officielle du Japon est le Japonais, une langue difficile à classer mais qui, selon les spécialistes, appartient sans doute à la famille des langues Ouralo-Altaïques. La langue des Aïnu, très différente de la langue Japonaise, a pratiquement disparu. C'est une langue uniquement orale, parlée à Hokkaido par de rares communautés Aïnu, les dernières qui y subsistent encore. Elle a récemment été sauvée de l'oubli par quelques équipes universitaires, soucieuses d'en raviver la connaissance et l'emploi.
La Constitution du 3 mai 1947 a instauré les principes de la laïcité de l'État, de la liberté de conscience et de la liberté de culte. Le sentiment religieux Japonais est particulièrement diffus et éclectique. Les deux principales religions des Japonais sont le shinto (littéralement «voie des divinités»), religion fondée sur la vénération des ancêtres et de la nature, et le bouddhisme (en Japonais bukkyo, littéralement «voie des bouddhas»).
Alors que le Japon compte un peu plus de 126 millions d'habitants, on recense quelque 160,6 millions de fidèles répartis au sein de 231000 organisations religieuses ! Ce phénomène est unique et s'explique par les croyances résolument non exclusives des Japonais. Au XVIIème siècle, pour lutter contre le christianisme, les autorités ont imposé aux habitants de s'inscrire au temple bouddhiste de leur quartier, là où sont d'ailleurs généralement célébrées les funérailles de chacun des membres de la famille. Parallèlement, les étapes essentielles de la vie (naissance, passage à l'âge adulte, mariage) peuvent être célébrées au sanctuaire shinto, tandis que les croyances populaires restent fortement teintées de taoïsme et de confucianisme. Les habitudes restent aujourd'hui encore très vivantes, aussi est-il coutume de dire qu'un Japonais «naît shinto et meurt bouddhiste». En outre, nombreux sont les Japonais qui manifestent également leur adhésion à un projet plus spécifiquement religieux. De nombreuses sectes dérivées du bouddhisme et du shinto ont ainsi fait leur apparition depuis le début du XXème siècle. Les principales sont les sectes Soka Gakkai (16 millions de fidèles) fondée en 1930, Richokoseikai (6,5 millions de fidèles) fondée en 1938, et Omotokyo (2 millions de fidèles) fondée en 1892. À ces nouvelles sectes (en Japonais «nouvelles religions», shin shukkyo), il faut ajouter les «nouvelles nouvelles religions» (en Japonais, shin-shin shukkyo) apparues dans les années soixante. Certaines d'entre elles, comme la secte Aum Shinrikyô, ont défrayé la chronique ces dernières années. Le christianisme, implanté au Japon depuis le XVIème siècle, est pratiqué par moins de 4 % de la population.

Les arts et vie culturelle :
La culture Japonaise puise ses origines dans le vieux fonds de la civilisation Chinoise et des traditions insulaires spécifiques. Du point de vue linguistique, l'influence de la Chine ancienne a été prédominante. La langue Japonaise écrite utilise ainsi les caractères inventés par les Chinois, appelés kanji, auxquels elle mêle deux systèmes d'écriture syllabiques : Hiragana pour les mots grammaticaux et les désinences, et Katakana pour la transcription de certains termes étrangers.
L'influence Chinoise, essentielle pendant les époques d'Asuka (593-710) et de Nara (710-784), s'estompe dès l'époque de Heian (794-1185), pendant laquelle s'élabore une culture autonome et brillante, synthèse originale des apports continentaux et de la civilisation autochtone. Cette tendance, que l'on pourrait qualifier de «syncrétique», se retrouve dans la littérature, dans l'art et la musique — voire même, dans une moindre mesure, dans le théâtre (kabuki, nô, théâtre de marionnettes) et le cinéma —, et se manifeste tout au long de l'histoire Japonaise, y compris plus récemment lors de l'introduction de techniques et d'éléments culturels venus d'Occident. La religion, particulièrement le bouddhisme, a toujours joué un rôle important dans la vie culturelle du pays.

L'histoire :
Le Japon entre dans l'histoire entre le Vème siècle et le VIIème siècle, lorsqu'il commence à utiliser le système d'écriture de son grand voisin la Chine pour son propre usage. Les premiers témoignages de l'histoire Japonaise conservés sont le Kojiki («Récit des faits anciens», 712) et le Nihon Shoki («Chroniques du Japon», 720). Ces deux écrits historiques relatent les légendes liées à la fondation mythique du Japon par l'empereur Jinmu (fixée en l'an 660 avant JC), descendant de la déesse du soleil Amaterasu Omikami, ainsi que les événements les plus récents de l'histoire politique — notamment la constitution du pays en temps qu'État autonome. Cependant, le peuple Japonais apparaît déjà dans les annales Chinoises, en tant que peuple barbare payant (ou non) un tribu à l'empereur Chinois.

Les premiers peuplements : (30000 avant JC-593 après JC)
L'origine des premiers habitants de l'archipel Japonais demeure un sujet de controverses, mais il semble désormais établi que le peuple Japonais résulte du mélange de plusieurs populations assez distinctes : un peuple ancien, déjà présent au moment de la dernière glaciation, entre 30000 et 20000 ans avant JC, et au moins deux peuples arrivés sur l'archipel vers cette époque — alors que le Japon, l'Asie et l'Amérique étaient reliés par une large bande de glace —, l'un sans doute venu du sud-est du continent asiatique et l'autre vraisemblablement des plaines de Sibérie et de Chine.

La période de Jomon : (8000 avant JC-300 avant JC)
Le paléolithique s'achève 8000 ans avant notre ère pour faire place au mésolithique, que les historiens Japonais appellent période de Jomon («époque de la poterie à décor cordé») et qui se caractérise par le développement sur tout l'archipel d'une société primitive de chasseurs-cueilleurs. Les poteries retrouvées sur les sites archéologiques de l'époque Jomon sont ornées de décors vraisemblablement dessinés à l'aide d'une corde, et constituent les premières céramiques façonnées au monde. Entre 8000 et 300 avant JC, les techniques des hommes (travail du bois et de la pierre, technique de fabrication des outils) s'améliorent considérablement, permettant l'accroissement rapide de la population ainsi que l'augmentation de l'espérance de vie. Les hommes se sédentarisent, créent une culture particulièrement riche dont on commence tout juste à percer les secrets. L'agriculture, et plus particulièrement la technique de la riziculture inondée, venue de Chine par l'intermédiaire de la Corée commence à se développer vers le Vème siècle avant JC et ouvre la voie au néolithique, appelé par les historiens la période d'Yayoi.

La période d'Yayoi : (300 avant JC-300 après JC)
La période d'Yayoi marque une rupture très nette sur le plan culturel avec la période de Jomon ; elle se caractérise par l'arrivée sur l'archipel d'un grand nombre de techniques et de matériaux venus du continent, dont l'adoption rapide permet la naissance d'une civilisation profondément originale. Outre le riz et les techniques nécessaires à sa culture, arrive au Japon le métal (le bronze — mais sans qu'il y ait «d'âge du bronze» à proprement parler — et surtout le fer — très rapidement adopté, notamment pour la fabrication des armes) et les techniques qui permettent de le travailler. Le développement de petites surfaces consacrées à la riziculture favorise l'apparition d'une société agricole primitive organisée en petites communautés.
Selon les sources Chinoises et plus particulièrement l'Histoire des Han antérieurs, puis la Monographie relative aux Wei, l'archipel est alors habité par un peuple nommé «Wa» par les Chinois, divisé en une centaine de petits pays qui se fédèrent à la fin du iiie siècle en un État appelé Yamatai, sous l'autorité d'une reine, Himiko. Les recherches archéologiques les plus récentes n'ont toujours pas révélé les secrets de cet État primitif : on ne sait rien de son emplacement exact, ni de son destin. Certains historiens le considèrent comme l'ancêtre du royaume du Yamato, qui apparaît dans la plaine de Nara au IVème siècle après JC, et dont l'existence est en revanche bien attestée.

La période de Kofun : (300-593)
La période de Kofun (littéralement «tertres anciens») tire son nom des gigantesques tumulus servant de sépulture aux chefs les plus importants, qui apparaissent au début du IIIème siècle et prennent, à partir du IVème siècle, des dimensions imposantes — témoignant sans doute de l'existence d'une classe dirigeante de plus en plus riche et puissante. Les kofun les plus caractéristiques de l'époque mesurent plus de deux cent mètres de longueur, sont en forme de «trou de serrure» et sont jalonnés de cylindres en terre cuite, les haniwa, surmontés de récipients à offrandes, puis de figurines représentant souvent des guerriers. On a retrouvé les tumulus les plus anciens dans le Kinai, au sud du bassin du Yamato. Ils se sont diffusés ensuite dans l'ouest (jusqu'à Kyushu) puis dans l'est (jusque dans le Kanto), témoignant sans doute de l'expansion progressive de l'influence du royaume du Yamato.
Les recoupements entre les découvertes archéologiques, les chroniques Chinoises de la fin de la dynastie Han et les premières annales Japonaises permettent d'accréditer la tradition qui veut qu'entre le IIIème et le Vème siècle se soit formé, au sud de l'actuelle Kyoto, un premier État que les chroniques Chinoises appellent «royaume du Yamato». Il semblerait, en effet, qu'à peu près à cette époque, un groupe plus puissant que les autres parvienne à fédérer sous son autorité les petits royaumes de la plaine de l'actuelle Nara, peut-être avec l'aide d'immigrés venus du royaume Coréen de Paekche. Dès la seconde moitié du Vème siècle, l'influence de la cour du Yamato s'étend du sud de Kyushu à l'est du Kanto — comme en témoignent de récentes découvertes archéologiques —, tandis que se mettent en place des relations diplomatiques officielles avec la Corée et la Chine des Song. Ces contacts permettent, en particulier, l'introduction progressive de l'écriture, qui marque l'entrée du Japon dans l'histoire.
La supériorité de la cour du Yamato résulte, en fait, essentiellement d'un jeu d'alliances entre le clan dirigeant et les grandes familles (uji), dont l'influence et la puissance ne cesse de croître, notamment à partir du VIème siècle. La cour du Yamato préside à l'introduction du bouddhisme, que l'on situe en général en l'an 538, date à laquelle le roi de Paekche envoie au Japon une statue et quelques textes bouddhiques. Cette culture s'enracine très fortement dans l'archipel et dès le VIIème siècle, le bouddhisme devient la religion officielle du Japon.

La période ancienne : (593-1185)
La période d'Asuka : (593-710)
La période d'Asuka, qui doit son nom à la principale résidence de la cour, débute avec l'accession au trône de l'impératrice Suiko (qui règne de 592 à 628), après l'assassinat de l'empereur Sushun par les Soga. Le neveu de l'impératrice, le prince Shotoku Taishi, prend l'initiative de réformes destinées à moderniser le pays. En 603, il fait promulguer la «Constitution en dix-sept articles», code législatif d'inspiration bouddhique et confucianiste, et crée une bureaucratie à la Chinoise, fixant notamment les échelons de la hiérarchie des fonctionnaires. Les efforts déployés par Shotoku Taishi pour stimuler l'établissement du bouddhisme à travers le pays favorisent la propagation de la culture Chinoise et la formation d'une élite sinisée.
Les réformes de Shotoku Taishi sont poursuivies par ses successeurs : le prince Naka no Oe, futur empereur Tenji, et son conseiller Nakatomi no Kamatari (614-669) — auquel est plus tard octroyé le nom familial de Fujiwara — parviennent en 645 à éliminer le clan Soga et promulguent la même année les premiers décrets de la réforme de l'ère Taika (645-649), dont l'objectif principal est de renforcer le pouvoir de la maison impériale et d'affaiblir les clans. L'administration du royaume se fait désormais selon le modèle Chinois : le code de l'ère Taika est ainsi suivi par ceux de Kiyomihara, Taiho et Yoro, dont les mesures permettent la mise en place progressive de ce que les historiens appellent «l'État régi par les codes» (ritsuryo), très centralisé et dominé par une bureaucratie puissante et très hiérarchisée.
La période de Nara : (710-784)
En 710, la cour rompt avec la tradition qui veut que l'empereur change de résidence à chaque nouveau règne, et fixe sa capitale à Heijo-kyo (actuelle Nara, qui donne d'ailleurs son nom à la période de Nara), nouvelle capitale conçue comme un centre et construite selon un plan en damier imité des capitales Chinoises. La vie politique est rapidement dominée par les descendants de Nakatomi no Kamatari, les Fujiwara, qui encouragent la promotion du bouddhisme — comme en témoigne notamment l'édification du Grand Bouddha de Nara, achevé vers 752 —, et le dynamisme des relations diplomatiques nouées avec la Chine de la dynastie Tang.
La population augmentant régulièrement, le pays manque rapidement de rizières à répartir selon le système mis en place par les réformes de l'ère Taika. Dès 723, un décret autorise ainsi ceux qui défrichent de nouvelles terres d'en jouir pendant trois générations. En 743, cette exception au système de répartition s'étend et permet notamment aux temples et aux grandes familles d'acquérir de vastes domaines sans limitation dans le temps.
C'est à cette époque que sont élaborées les deux premières histoires nationales, le Kojiki (712) et le Nihon Shoki (720), et qu'est compilée la première grande anthologie poétique, le Manyoshu («Recueil des dix mille feuilles», vers 760), tandis que se développent un art et une architecture encore largement influencés par la Chine, mais dont certains traits originaux commencent à se dégager. Le développement des temples et du clergé bouddhiste (les six sectes de Nara) devenant une charge de plus en plus pesante pour les empereurs, Kanmu (qui règne de 781 à 806) cherche à se dégager de leur influence en transférant en 784 la capitale impériale à Nagaoka puis, dix ans plus tard, à Heian-kyo (actuelle Kyoto), capitale en titre jusqu'en 1868.
La période de Heian : (794-1185)
La période de Heian apporte au Japon plus de 350 années de paix et de prospérité. À partir du IXème siècle, la cour parvient à étendre sa domination sur toutes les îles principales du Japon, à l'exception d'Hokkaido et du nord d'Honshu, où des campagnes militaires sont régulièrement menées pour refouler les Aïnu.
Les Fujiwara :
À partir de la seconde moitié du IXème siècle, le pouvoir temporel échappe progressivement à la famille impériale pour se concentrer entre les mains des Fujiwara, lesquels mettent en place une politique habile leur permettant de systématiquement s'arroger la charge de sessho (régent) ou de kanpaku (chancelier) d'un jeune empereur né d'une des demoiselles du clan. Ainsi, lorsque l'empereur Montoku meurt en 858, laissant le trône au jeune empereur Seiwa (alors âgé de huit ans), son grand-père Fujiwara no Yoshifusa prend le titre de régent, initiant une tradition guère contestée jusqu'à la fin du Xème siècle. Les Fujiwara accaparent dès lors la plupart des charges officielles, à la Cour comme dans l'administration ; ils s'imposent au sein de la famille impériale en mariant, génération après génération, leurs filles aux empereurs : ceux-ci sont encouragés à abdiquer en faveur de leurs successeurs, encore enfants et aussitôt placés sous la régence d'un Fujiwara. Le plus important des membres de la famille reste Fujiwara no Michinaga (966-1028), dont les cinq filles épousent des empereurs, ce qui lui permet de contrôler absolument la Cour entre 995 et 1028.
L'époque des Fujiwara est marquée par le développement d'une culture nationale dégagée de ses influences Chinoise et Coréenne. Le temps de Fujiwara no Michinaga est également celui de l'apogée culturelle de la Cour de Heian, notamment sur le plan littéraire avec des femmes écrivains telles que Murasaki Shikibu, auteur du Dit du Genji (Genji monogatari, début XIème siècle) ou encore Sei Shonagon. Sur le plan politique et économique, l'autorité centrale s'affaiblit progressivement : les deux grandes sectes bouddhistes nées à cette époque, tendai et shingon, acquièrent des domaines immenses, tandis que les aristocrates provinciaux se taillent de grands fiefs, souvent exemptés de taxes, qu'ils administrent personnellement. Un seigneur du clan des Taira ose même se proclamer empereur en 940. Cet événement est révélateur de la tendance qui se dessine : les clans seigneuriaux, de plus en plus autonomes, commencent à organiser leurs provinces en véritables États et à se lancer dans des guerres de conquête.
La guerre des clans :
L'hégémonie des Fujiwara prend fin en 1028, après la mort de Michinaga. Puis, au milieu du XIème siècle, la famille perd son monopole sur la régence : à la mort de l'empereur Go-Reizei en 1068, aucun Fujiwara n'est en âge de s'arroger ce rôle, et le trône impérial revient à l'empereur Go-Sanjo. Ce dernier n'hésite pas à marquer d'emblée son indépendance. Son fils, l'empereur Shirakawa (qui règne à partir de 1072) inaugure un nouveau mode de gouvernement, celui des «empereurs retirés» (insei) : il abdique en 1086 en faveur de son fils l'empereur Horikawa, dont il assure lui-même la régence.
Cependant, dans les provinces, commence à se développer un monde guerrier dont les ambitions sont assez éloignées des préoccupations des aristocrates de la Cour. Les samouraï, au service de propriétaires terriens restés à la capitale dont ils administrent les terres, s'organisent en clans de plus en plus puissants. Les clans les plus importants sont alors les Taira, protégés par les empereurs retirés, qui acquièrent une renommée militaire et établissent leur pouvoir dans le sud-ouest du pays autour de la mer Intérieure, et les Minamoto, proches des Fujiwara, font de même dans les vastes plaines du Kanto.
En 1156, tandis que deux frères Fujiwara, Tadamichi et Yorinaga, se déchirent pour le pouvoir, un conflit de succession éclate après la mort de l'empereur retiré Toba, entre l'ancien l'empereur Sutoku (1119-1164) et le fils de Toba tenno, le futur empereur Go-Shirakawa (1127-1192). Sutoku, Yorinaga et Minamoto no Tameyoshi s'allient alors contre Goshirakawa, Tadamichi et les guerriers Taira no Kiyomori et Minamoto no Yoshitomo, propre fils de Tameyoshi. Les batailles qui s'ensuivent, ou «troubles de l'ère Hogen», se soldent par l'exil de Sutoku et l'avènement de Yoshirakawa. Ce dernier, devenu empereur, néglige cependant de récompenser Yoshitomo à sa juste valeur, lequel fomente un coup d'État en 1159 («troubles de l'ère Heiji»), rapidement écrasé par Kiyomori : Yoshitomo est éliminé, ainsi que la plupart des membres de sa famille, à l'exception de ses deux plus jeunes fils, Minamoto no Yoritomo et Minamoto no Yoshitsune.
Les Taira dominent désormais le pays, tandis que Kiyomori s'arroge les postes les plus élevés de la Cour. Calquant sa politique sur celle des Fujiwara, il distribue les emplois de la Cour aux membres de sa famille et marie sa fille à un prince impérial, dont le jeune fils Antoku devient empereur en 1180. La même année, Minamoto no Yoritomo, qui a établi son quartier général dans l'est du pays (à Kamakura), saisit le prétexte d'un soulèvement organisé par son cousin Yoshinaka pour de nouveau déclencher les hostilités. Cette première bataille est un échec, mais lorsque Yoshinaka décide d'attaquer la capitale impériale en 1183, Yoritomo a rassemblé suffisamment d'hommes pour que son armée, dirigée par son brillant frère cadet Minamoto no Yoshitsune, parvienne à porter secours à l'empereur retiré Go-Shirakawa. Les batailles se succèdent, repoussant les Taira vers l'ouest du Japon, jusqu'à la bataille décisive de Dan no Ura, qui marque symboliquement la fin de l'époque antique et le début du Moyen Âge.

Le Moyen Âge : (1185-1573)
La période de Kamakura (1185-1333) :
Après la défaite des Taira, Minamoto no Yoritomo s'arroge l'essentiel du pouvoir. Il élimine son frère puis s'engage dans la pacification du pays, terminée en 1189. À Kamakura, loin de la Cour impériale et de ses splendeurs, s'élève désormais un nouveau type de pouvoir, un pouvoir guerrier temporel, qui certes tire sa légitimité de l'investissement impérial dont il ne peut se passer, mais qui, de fait, gouverne dès lors le pays. C'est le début de la période de Kamakura.
En 1192, Minamoto no Yoritomo est nommé par l'empereur Seiitaishogun, (littéralement «général chargé de la lutte contre les barbares», abrégé en shogun), inaugurant ainsi le bakufu (littéralement, «gouvernement de la tente») de Kamakura, gouvernement militaire d'un genre nouveau, dont naît alors une forme de féodalité qui perdure, sous différentes formes, jusqu'à la fin du XIXème siècle.
Le règne des Minamoto est de courte durée. Dès 1219, faute d'héritiers Minamoto adultes, les Hojo s'arrogent le titre de régent héréditaire (shikken), qu'ils conservent jusqu'en 1333. Les «troubles de l'ère Jokyu» au cours desquels l'empereur retiré Go-Toba tente de renverser le shogunat, n'empêchent pas les Hojo d'établir fermement leur pouvoir. En 1232 est ainsi édicté un nouveau code civil et pénal en 51 articles, resté en vigueur jusqu'à la fin du XIXème siècle.
Le Japon guerrier est certes un Japon plus rude et plus violent que celui de l'époque précédente, mais il est cependant au cœur d'une civilisation brillante et novatrice. Sur le plan littéraire, la lutte entre les Taira et les Minamoto, ainsi que la chute tragique des premiers, inspire une nouvelle écriture, aux accents épiques, dont le chef-d'œuvre est sans doute le Dit des Heike (Heike monogatari, vers 1220). La poésie de cour, toujours vivante, est marquée par la compilation de nouvelles anthologies, qui consacrent des poètes tels que l'empereur Go-Toba lui-même ou Fujiwara no Sadaie.
L'époque de Kamakura est également une période de grand dynamisme religieux. De nombreuses sectes apparaissent, supplantant rapidement les écoles tendai et shingon de l'époque précédente, proposant une foi et une pratique moins aristocratique, plus accessible aux laïcs. Parmi ces nouveaux courants, l'amidisme — dont la pensée est en particulier développée par les moines Genku et Shinran — promet à ses fidèles la renaissance en Terre Pure à la seule condition de croire en la puissance d'Amida ; il se répand très rapidement parmi les couches populaires. À la même époque, le bouddhisme zen est adopté par de nombreux guerriers, qui puisent dans cette doctrine une philosophie et une foi capables de les aider sur le champ de bataille. Deux nouvelles écoles zen sont alors créées, la secte rinzai, fondée par le moine Eisai, et la secte soto, fondée par Dogen. En 1253, le moine Nichiren fonde une autre secte, appelée secte du Lotus ou secte nichiren (Nichiren-shu), dont la puissance politique ne cesse de croître.
Pendant plus de cent ans, les Hojo se maintiennent au pouvoir. Leurs officiers et leurs gouverneurs de provinces acquièrent de l'influence sur leurs terres et forment à leur tour de nouveaux clans militaires. En 1274 puis en 1281, l'Empire Mongol, qui contrôle déjà la Chine et la Corée, essaie de soumettre le Japon. Les Mongols sont repoussés de justesse, en partie grâce au typhon resté célèbre sous le nom de kamikaze, «vent des Dieux».
La restauration de Kenmu et la période de Nanbokucho&nbsp: (1333-1392)
Facilement repoussées, les invasions Mongoles laissent cependant le régime des Hojo épuisé et très appauvri. L'empereur Go-Daigo, intronisé en 1318 puis exilé pour avoir tenté de s'opposer au shogunat, envisage de profiter de cette faiblesse pour rassembler autour de lui suffisamment de partisans pour renverser le pouvoir en place. Il reçoit le soutien de Ashikaga Takauji (1305-1358), seigneur du clan Ashikaga et chef militaire chargé par les Hojo de maintenir l'ordre : le shogunat est renversé et le pouvoir revient à l'empereur Go-Daigo. Cette période, appelée restauration de Kenmu, ne dure qu'à peine trois ans (1333-1336).
Mécontent du peu de reconnaissance que Go-Daigo lui témoigne, Ashikaga Takauji le chasse de la capitale en 1336, intronisant un nouvel empereur, dont il reçoit la charge de shogun en 1338. Go-Daigo part se réfugier dans les montagnes au sud de Nara et y fonde une seconde cour impériale. Commence alors une longue période de guerre civile que les historiens appellent période de Nanbokucho (littéralement, «époque des cours du sud et du nord»), qui ne s'achève qu'en 1392 lorsque le shogun Yoshimitsu obtient le retour de la cour du sud et la réconciliation des deux branches impériales.
La période de Muromachi : (1338-1573)
Le gouvernement des Ashikaga :
Désormais shogun, fondateur de la lignée des Ashikaga, Takauji entreprend de renforcer son pouvoir dès les premières années de son règne. La tâche n'est pas aisée, puisque que les guerres civiles ne cessent de se succéder. Il faut attendre le gouvernement de son fils Yoshiakira (shogun de 1358 à 1367) et surtout son petit-fils Yoshimitsu (shogun de 1358 à 1394) pour que parvienne à s'établir un fragile équilibre. Un commerce officiel est notamment entrepris avec la Chine, permettant un essor économique important et le développement d'une bourgeoisie urbaine. La stabilité n'est cependant que de courte durée. Dès le début du XVème siècle, le gouvernement central perd de son pourvoir, au profit des chefs militaires installés dans les provinces, les shugo daimyo. La majeure partie du pays échappe ainsi au contrôle shogunal, tandis que les campagnes sont secouées par de fréquentes révoltes paysannes.
L'essor économique et culturel :
Malgré la fréquence et la violence des troubles politiques et sociaux, le shogunat des Ashikaga est une période d'essor culturel sans précédent. Ashikaga Yoshimitsu, le troisième shogun, se fait protecteur des arts et des lettres — un art largement inspiré de l'esthétique de la Chine des Ming puis des Song, importé au Japon par les moines zen et les penseurs confucianistes, dont l'influence est alors en plein développement — notamment représenté par Zeami pour le théâtre nô, Sen no Rikyu pour la cérémonie du thé, Sesshu, etc. De nouvelles influences pénètrent également, grâce à l'arrivée des Portugais qui débarquent à Kagoshima en 1543. Leurs mousquets sont vite copiés par les artisans locaux, transformant ainsi l'art de la guerre au Japon. Pour sa part, saint François Xavier, missionnaire jésuite, introduit le christianisme dans le pays en 1549.
Les «Provinces en guerre» ou période de Sengoku :
Les troubles de l'ère Onin (1467-1477) marquent symboliquement l'entrée du Japon dans la période dite des «Provinces en guerre» ou période de Sengoku, pendant laquelle les seigneurs provinciaux (daimyo), tentent d'étendre leur pouvoir sur leurs terres, avant d'entrer en guerre de manière quasi systématique contre leurs voisins. De cette anarchie, bientôt étendue à tout le territoire, émergent cependant certains seigneurs encore plus ambitieux, dont le but affirmé est l'unification politique du Japon. Parmi ceux-là, on citera en particulier Takeda Shingen et son rival Uesugi Kenshin, mais aussi Oda Nobunaga et Tokugawa Ieyasu.

L'époque moderne : (1573-1868)
La période d'Azuchi-Momoyama : (1573-1603)
La période d'Azuchi-Momoyama, période de transition entre le shogunat des Ashikaga et celui des Tokugawa, marque la réunification progressive du Japon, qui a lieu en trois étapes. Oda Nobunaga, daimyo de la région de Nagoya, parvient à chasser de la capitale le dernier shogun Ashikaga. Il installe alors son quartier général à Azuchi, d'où il tente d'unifier le pays, s'emparant de plus de la moitié des plaines de l'est du pays et parvenant à briser la résistance des monastères.
Lorsque d'Oda Nobunaga est trahi et contraint au suicide par la traîtrise de l'un de ses vassaux, c'est Toyotomi Hideyoshi, son plus fidèle lieutenant et l'un de ses meilleurs soldats, qui lui succède. Ce dernier se fait construire un château à Osaka, obtient de la cour d'importantes charges — exceptée celle de shogun, n'étant pas un descendant Minamoto — et engage dès 1586 d'importantes réformes politiques et économiques destinées à asseoir son pouvoir. En 1595, avec l'aide d'un puissant vassal, Tokugawa Ieyasu, il parvient à unifier l'ensemble du territoire Japonais, y compris Shikoku, Kyushu et les plaines du Nord-Est. Sa santé mentale décline cependant et, dès 1592, il entreprend de lancer ses troupes à la conquête de la Corée. La tentative est renouvelée en 1597, mais Toyotomi Hideyoshi meurt en 1598 au cours de la seconde campagne, ne laissant derrière lui qu'un fils de cinq ans.
Les vassaux d'Hideyoshi rompent rapidement le serment d'allégeance qui les lie à son jeune fils et commencent à se quereller au sujet de la succession ; néanmoins, Tokugawa Ieyasu écrase les prétendants en 1600 à la bataille de Sekigahara. Contrairement à son prédécesseur, le nouveau maître du Japon a songé à s'inventer une généalogie fictive lui permettant de s'établir une ascendance Minamoto ; aussi la Cour peut-elle lui octroyer la charge de shogun en 1603, fondant ainsi le shogunat des Tokugawa, et ouvrant une période de stabilité politique qui dure jusqu'à la fin du XIXème siècle, la période d'Edo.

La période d'Edo : (1603-1868)
Une nouvelle organisation politique et sociale :
Désireux de ne pas reproduire les erreurs de ses prédécesseurs et d'assurer sans trop de difficultés sa succession, Ieyasu abdique dès 1605 en faveur de son fils, puis se débarrasse en 1615 des derniers descendants d'Hideyoshi en s'emparant de la forteresse d'Osaka. Il installe son gouvernement militaire, ou bakufu, à Edo (actuelle Tokyo) — qui devient, en peu de temps, la plus grande et la plus riche des villes du Japon —, puis entreprend un grand nombre de réformes politiques, sociales et fiscales destinées à assurer au gouvernement shogunal le contrôle absolu de la population. Lorsque Ieyasu meurt en 1616, il laisse une œuvre considérable et destinée à durer : le Japon, unifié, possède désormais un gouvernement stable.
Le personnage central de ce gouvernement est le shogun, de loin le plus puissant et le plus riche de tous les daimyo. Il dispose en permanence d'une armée de 80000 hommes et contrôle directement les grandes villes et les ports, ainsi que tous les grands axes routiers et les mines. Le shogun gouverne seul, avec l'aide d'un conseil composé de ministres d'État (rochu) et d'un conseil d'intendants (wakashidori). Il est également assisté par les préfets d'Edo, les intendants des finances, les commissaires aux affaires religieuses et de nombreux inspecteurs. Au début de la période d'Edo, il y a environ 270 daimyo, qui se répartissent en trois catégories : les shinban daimyo, collatéraux et enfants de Tokugawa Ieyasu, les fudai daimyo, vassaux fidèles ralliés avant 1600, et les tozama daimyo, vassaux ralliés ou vaincus après 1600, souvent puissants et dangereux.
La société de la période d'Edo est divisée en catégories sociales, entre lesquelles la mobilité est en principe bloquée. On distingue ainsi les guerriers, les paysans, les artisans et les commerçants, puis, dans un autre registre, les nobles de cour, les moines bouddhistes et les desservants shinto et, enfin, en dehors de la société, les parias (eta et hinin). Le shogunat édicte, entre 1615 et 1635, un grand nombre de décrets destinés à fixer la population et à limiter au maximum la mobilité sociale. Chaque daimyo conserve dans son fief l'autorité suprême, mais doit faire serment d'allégeance aux Tokugawa, laisser sa famille en otage à Edo, et venir personnellement rendre ses devoirs au shogun une fois tous les deux ans.
La fermeture du pays :
Une autre conséquence de la domination des Tokugawa est la fermeture du Japon à toute influence extérieure. Tous les étrangers sont bientôt expulsés, tandis que seuls les Hollandais et les Portugais, cantonnés dans l'île artificielle de Deshima (dans le port de Nagasaki), conservent le droit de commercer avec le pays une fois par an. Le christianisme, parce qu'il menace l'équilibre social, est interdit et, dès 1613, les chrétiens sont persécutés. En 1637 sont massacrés près de 40000 paysans christianisés retranchés à Shimabara, près de Nagasaki. Le christianisme Japonais ne s'en est jamais relevé.
Au cours des deux siècles suivants, les formes de la féodalité Japonaise demeurent inchangées. Le Bushido, code des guerriers féodaux, devient le modèle de conduite des guerriers, qu'ils soient daimyo, samouraï ou ronin. Du fait de la paix durable, qui laisse inactifs un très grand nombre de guerriers, pour la plupart instruits, la culture Edo — qui, contrairement aux apparences, n'a jamais été ni complètement fermée aux influences extérieures, ni vraiment repliée sur elle-même — est particulièrement dynamique sur le plan culturel. Le développement rapide des écoles et de l'instruction permet l'apparition, aux côtés des classiques études Chinoises, des «études nationales» (kokugaku), ainsi que des «études hollandaises» (rangaku). Le théâtre kabuki, l'art de Koetsu Hon.ami et l'école picturale Ukiyo-e, ainsi que les romans de Ihara Saikaku et la poésie de Basho, datent de cette période. Le néo-confucianisme devient l'idéologie officielle du gouvernement dès le quatrième shogun, qui cherche à pacifier les lois du pays et surtout à combattre la crise économique et financière naissante — qui ne cesse d'ailleurs de s'aggraver tout au long de la période d'Edo.
Les relations avec l'Occident :
Lorsque les États-Unis, désireux d'investir le marché Japonais, frappent à la porte diplomatique du pays en 1853 en la personne du commodore Matthew Perry, le gouvernement — affaibli par les crises politiques et ne parvenant pas à enrayer le marasme économique — n'est manifestement pas en mesure d'opposer une puissante résistance. La menace militaire étant bien réelle, le shogunat signe donc la convention de Kanagawa en mars 1854, ouvrant le pays au commerce international. Elle est suivie d'un traité commercial, négocié avec difficultés par Townsend Harris entre 1855 et 1858, bientôt ratifié par les Américains, les Anglais, les Français et les Russes. En 1860, une ambassade Japonaise est envoyée aux États-Unis, et deux ans plus tard, des missions commerciales Japonaises font le tour des capitales européennes, afin de négocier des accords officiels.
Le Japon s'ouvre alors à l'Occident, davantage en raison des démonstrations de la force occidentale que du désir des Japonais d'entretenir des relations avec l'étranger. Les traités donnent aux Occidentaux des privilèges considérables, y compris celui de l'extraterritorialité. Tandis que l'ouverture à l'étranger est le catalyseur d'une crise politique intérieure — qui provoque, à terme, la chute des Tokugawa. L'opposition vient de trois clans : les Satsuma, les Choshu et les Tosa. Leurs sentiments anti-étrangers vont de pair avec leur hostilité aux Tokugawa et le souhait d'une «restauration» impériale que résume un slogan : sonno joi («révérez votre empereur, expulsez les barbares»). Ils se rallient autour de l'empereur à Kyoto et, grâce au soutien impérial, prennent l'initiative d'attaques militaires sur terre et sur mer, dirigées contre les navires étrangers qui se trouvent dans les ports Japonais. Les efforts des shoguns pour empêcher ces actions demeurent sans effet.
Le mouvement contre les étrangers prend fin en 1864, après le bombardement de Shimonoseki par des navires de guerre occidentaux. Dès lors, les Japonais comprennent qu'il devient impossible de les chasser et se mettent à l'école de l'Occident. Les féodaux de Satsuma, Choshu, Tosa et d'autres fiefs fomentent un coup d'État. Le dernier shogun, Tokugawa Yoshinobu, abdique à la fin de 1867 tandis que les partisans de l'empereur, déterminés à forcer la décision, proclament, le 3 janvier 1868, la restauration impériale à Kyoto.


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