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Le peuple Moghol

Peuple de l'empire Moghol et descendants des Mongols.

L'empire Moghol domina la majeure partie de l'Inde aux XVIème et XVIIème siècles. L'empire moghol résulta de l'expansion des Mongols en Inde au XVème siècle. Leur autorité se substitua à celle des princes hindous sous l'impulsion de Babur (1483-1530) et se maintint jusqu'au début du XVIIIème siècle (règne d'Aurangzeb). Durant cette période, une formule nouvelle d'état reposant sur la tolérance religieuse et une certaine égalité devant l'impôt fut mise en œuvre ; si cette tentative ne survécut pas à son principal promoteur, l'empereur Akbar, elle facilita amplement l'ouverture de l'Inde au reste du monde et en particulier aux entreprises coloniales des Européens.

Après l'aventure exceptionnelle de Tamerlan qui avait pratiquement reconstitué la puissance Mongole du XIIIème siècle, celle-ci avait été réduite au XVème siècle à la fois par les Chinois à l'est et par les Perses à l'ouest. Le souverain de Fergana (aujourd'hui en Ouzbékistan), Babur, dut, au début de son règne, repousser les assauts des Ouzbeks avant de s'engager vers la plaine indo-gangétique. Kaboul (Afghanistan) tomba sous sa coupe en 1504, Kandahar en 1507. Laissant dans les territoires conquis des vassaux, Babur s'engagea en Inde et remporta contre le puissant sultan de Delhi, Ibrahim Lodi, la victoire décisive de Panipat le 21 avril 1526 ; la même année, il soumit tout le nord de l'Inde en triomphant des Rajput coalisés à Khanua.

Si les Moghols étaient moins nombreux que leurs adversaires, Babur sut utiliser avec une grande efficacité les canons produits par son grand maître, Ustad Ali-Buri, dans sa lutte, d'une part, contre les sultans musulmans, d'autre part, contre les princes hindous. Constamment en campagne, il concéda, comme lors de son départ de Samarkand où il s'était réfugié après son éviction de Fergana (1497), les territoires à ses plus fidèles compagnons tel Terdi-Beg-Kaskhar. Babur installa sa capitale à Agra (nord de l'Inde), sans pouvoir réellement unifier son empire. Ses mémoires montrent un souverain soucieux d'apporter à l'Inde la civilisation musulmane dans ses aspects les plus brillants.
Son fils, Humayun, chassé par les sultans musulmans, dut se réfugier en Perse avant de reconquérir Delhi et Agra. À sa mort en 1556, son fils Akbar, âgé de treize ans, monta sur le trône sous la régence du général Bairam Han.
Ce fut le véritable point de départ de l'empire Moghol. Dès 1556, les rebelles hindous furent de nouveau vaincus à Panipat. À partir de 1560, Akbar reconquit l'ensemble des territoires de son aïeul, Babur ; il étendit son empire jusqu'au golfe du Bengale et, vers le sud, jusqu'au cœur du plateau du Dekkan. Le royaume de Vijayanagar fut le dernier bastion hindou à tomber sous sa coupe en 1565. Akbar sut aussi réprimer les révoltes des Ouzbeks et des Afghans — une répression d'autant plus indispensable que ces régions, anciennement soumises à l'autorité Mongole, fournissaient les troupes d'élites de l'armée, cavaliers et archers.
Ainsi, à la fin du XVIème siècle, une puissance politique nouvelle s'était établie en Inde, balayant la multitude des principautés hindoues et des sultanats qui s'y côtoyaient. Cet état nouveau devint le principal interlocuteur des Européens auxquels il n'avait rien à envier ni sur le plan militaire, ni sur le plan politique, ni sur le plan culturel.

Akbar était un véritable homme d'état. Comme beaucoup de souverains musulmans, il créa sa propre capitale, Fatehpur Sikri, qu'il dut abandonner en 1585 pour retourner à Agra. Son œuvre de bâtisseur fut considérable : tombeau de son père, mausolée pour lui-même à Sikandra, forteresses d'Agra et d'Allahabad ; cette œuvre était supportée par une richesse extraordinaire qui fit peut-être de lui le plus riche souverain du XVIème siècle.
L'administration était répartie en trois services. La cour dirigeait quarante-deux hôtels de monnaie frappant pour la plupart des pièces en cuivre ; ses dépenses représentaient, en 1595, plus de 7,5 millions de roupies, soit deux fois le budget de l'Angleterre d'Élisabeth Ière, contemporaine d'Akbar. L'armée était le deuxième service, dirigé par un trésorier-payeur général qui contrôlait les contingents dirigés par les djagidars. Le service de l'empire complétait l'appareil, sous la direction d'un Premier ministre ou vizir et de vice-rois (maharajas) qui levaient les impôts et rendaient la justice dans les différentes provinces. Akbar, après avoir analysé les causes de la dislocation des conquêtes de Babur, opta pour un système beaucoup plus centralisé, où les débordements d'autorité étaient sévèrement réprimés : ainsi, les chevaux de l'armée étaient-ils marqués ; les exactions des soldats étaient évaluées et ensuite remboursées aux paysans.
De 1563 à 1579, tout le système fiscal fut transformé. L'impôt sur les infidèles (djiziah) fut aboli ; l'impôt foncier, instauré par Humayun, fut fixé à un tiers des récoltes et un cadastre fut entrepris sur une base homogène, l'étalon étant le djarib de bambou (54,60 m) ; les différences de fertilité des terres furent prises en compte et les abus qui eurent lieu furent punis par Akbar et son conseiller Todar Mal, un hindou. Il y eut d'ailleurs des révoltes des percepteurs, les amils, et deux années de surproduction (1585 et 1590) firent baisser les recettes fiscales détournées par les fermiers de l'impôt. Celui-ci était en effet un impôt de répartition, dont le montant était avancé par les fermiers qui en conservaient 10 % avant de le lever, toujours en monnaie — signe d'une économie déjà très moderne dans son fonctionnement.
L'économie de cet immense espace reposait sur l'agriculture — céréales, blés et riz, élevages équin, ovin et bovin. Cependant, les Moghols trouvèrent à leur arrivée des réseaux commerciaux déjà mondiaux : avec l'empire Chinois, avec surtout les Européens. Les Portugais avaient, depuis la fin du XVème siècle, implanté sur les côtes indiennes de nombreux comptoirs par lesquels transitaient les précieuses épices (poivre et cannelle), le café, le sucre, ainsi que les toiles colorées dont s'enorgueillissaient les élites européennes.

L'empire d'Akbar était donc au croisement d'influences très nombreuses et son règne se caractérisa par une civilisation composite exceptionnellement brillante. Les constructions déjà évoquées en étaient un aspect mais, plus encore peut-être, la littérature fut d'une grande richesse. D'une part, les contacts entre Moghols et hindous entraînèrent la création de langues vernaculaires nouvelles, l'Hindi, le Bengali, le Mahrati ; d'autre part, le roi et les sultans des provinces constituèrent autour d'eux des cours dans lesquelles les poètes avaient une place très respectée. Babur avait rédigé ses mémoires ; Akbar créa des bibliothèques, des écoles supérieures ; outre les docteurs de la loi musulmans, il admit autour de lui des hindous et reçut même des chrétiens. Le Ramanaya, adapté en Hindi par Tulsi Das, devint le livre de l'hindouisme ; d'autres écrits issus de la tradition hindoue comme les Upanishad furent traduits en Persan pour les élites Mongoles.
La rigueur prônée par les ulémas musulmans fut repoussée par Akbar. L'abrogation de l'impôt dû par les infidèles en fut un exemple ; Akbar, interdit, par respect envers les hindous, l'usage de la viande de vache, imposa de nouvelles règles en matière d'âge au mariage, autorisa la consommation du vin comme cela se faisait dans l'islam persan et exigea la prosternation devant lui : il instaurait ainsi une forme orientale de despotisme éclairé dont la réunion, à partir de 1580, de théologiens chrétiens, hindous et musulmans fut sans doute la manifestation la plus achevée. Les jésuites Portugais, après l'avoir vu essayer les formes chrétiennes de la prière, virent dans le Grand Moghol un possible relais pour l'expansion de la chrétienté en Orient. À partir de 1582, Akbar (musulman qui avait épousé plusieurs princesses hindoues) tenta d'imposer un syncrétisme solaire : ce fut un échec dont l'abandon de la capitale qu'il avait créée fut l'une des traductions.
En fait, sa tolérance avait permis à de nouvelles obédiences religieuses issues de l'hindouisme de se développer, comme celle des maharajas, le tantrisme ou celle des sikhs. Ces sectes développèrent, sur des bases variées, un mysticisme commun dont la virulence se révéla lorsque mourut Akbar : ce fut l'une des raisons du déclin de l'empire Moghol.

Jahangir (1605-1627) puis Shah Jahan (1628-1658), s'ils menèrent l'extension de l'empire jusqu'aux sultanats du sud du Dekkan, s'ils poursuivirent l'œuvre de construction inaugurée par Babur (le célébrissime Taj Mahal fut édifié par Shah Jahan), revinrent, en revanche, sur sa politique de tolérance. L'un comme l'autre musulmans très croyants, ils réprimèrent avec férocité des révoltes des sikhs et des Marathes. L'espoir chrétien s'évanouit quand les jésuites commencèrent à être persécutés hors des comptoirs Européens. Le XVIIème siècle fut, pour l'économie indienne, aussi sombre que pour celle de l'Europe chrétienne : la province du Gujarat, une presqu'île du littoral occidental, perdit en 1630-1631 la majeure partie de sa population ; six famines furent recensées de 1636 à 1650 dans l'ensemble de l'empire. Aussi la pression fiscale eut-elle tendance à devenir insupportable, d'autant que les rois durent céder de plus en plus d'autorité aux sultans des provinces, dont les charges devinrent héréditaires. À l'état moderne constitué par Akbar succédait un espace composé de principautés plus ou moins anarchiques.
Aurangzeb succéda en 1658 à Shah Jahan avant la mort de celui-ci. Son règne fut l'apogée territorial de l'empire Moghol, s'étendant de nouveau de Kaboul au Dekkan. Mais son intransigeance religieuse brisa la relative complémentarité entre les élites musulmanes de rite sunnite, les masses hindouistes et les guerriers ralliés au chiisme Perse. Ceux-ci soulevèrent le nord de l'empire de 1669 à 1680 ; au sud, Aurangzeb dut lutter en même temps contre la révolte des Marathes, des hindous que fédéra le prince Shivaji Bhonsle. Celui-ci parvint à créer une confédération hindoue sur l'ensemble du Dekkan ; la chute de Sourate, la plus riche des villes de l'empire (1670), marqua la fin de l'influence Moghole sur cette région. Les sikhs, qui avaient longtemps constitué l'élite hindoue de l'armée du Grand Moghol, en devinrent les farouches adversaires. Aurangzeb renforça encore l'hostilité des masses paysannes en rétablissant en 1679 l'impôt sur les infidèles. La situation qu'il laissa en 1707 à ses successeurs était catastrophique : les caisses de l'empire étaient vides et les provinces en constante effervescence.
Significativement, les Européens s'étaient d'ailleurs tournés dès les années 1670 vers les Marathes avec lesquels ils développèrent des relations commerciales, équipant, par exemple, les troupes combattant contre le Grand Moghol. Les successeurs d'Aurangzeb au XVIIIème siècle ne régnaient plus que sur la région de Delhi. L'empire Moghol n'était plus alors qu'un état parmi ceux entre lesquels les Européens jouaient, petit à petit, la soumission de la péninsule à leurs ambitions coloniales.
L'empire Moghol à son apogée avait ainsi pu apparaître comme un exemple remarquable d'état centralisé et tolérant. Son extension, le respect qu'il inspirait à ses voisins, la richesse exhibée à la cour et dans les constructions s'inscrivaient dans une tradition renvoyant à la Chine de Kubilaï Khan et fascinèrent un observateur aussi fin que le baron de Montesquieu. Son déclin illustrait à merveille, pour les hommes des Lumières, l'échec inévitable de la toute-puissance poussée par le fanatisme.


Logo de la date de modification 04/06/2021 Logo du nombre de vues 1 240 vues

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Les Hommes/Peuples : Babur, L'empereur Akbar, L'empereur Aurangzeb, L'empereur Humayun, L'empereur Jahangir, L'empereur Shah Jahan, Le peuple Rajput


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