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Aphérèse

(du Grec aphaíresis, «ablation», ce mot est apparu en 1586)
L'aphérèse est une modification phonétique impliquant la perte d'un ou plusieurs phonèmes au début d'un mot. L'aphérèse est un métaplasme s'opposant à l'apocope.
Les raisons de l'aphérèse sont principalement de deux sources.

Aphérèse accentuelle :
Tout d'abord, l'aphérèse peut être due au caractère débile des phonèmes concernés : dans les langues à accent tonique, une syllabe atone est en effet susceptible, surtout si elle est éloignée de l'accent, de s'amuïr.

Termes lexicalisés :
Le cas est fréquent d'un point de vue diachronique, c'est-à-dire en phonétique historique. Les mots ayant subi une aphérèse sont ensuite lexicalisés.
Ainsi, le terme Anglais pour «évêque» est bishop ; il vient du Grec ancien epískopos via le Latin vulgaire ebiscopus (par voisement du [p] intervocalique). L'accent (même si, à l'origine, il n'était pas tonique mais de hauteur) frappant le [i], la voyelle précédente, qui se trouve là être à l'initiale, s'est amuïe à cause de son caractère atone et prétonique. L'Anglais connaît de nombreuses aphérèses lexicalisées de ce type, en raison, surtout, de son fort accent tonique tombant principalement en début de mot (dans les termes Germaniques).
C'est aussi le cas en Français : le déterminant cette, qui provient du Latin écce ísta, donnant, par univerbation, eccéista puis eccésta (syncope), et enfin cesta (aphérèse), ceste, cette.
Le Grec moderne, enfin, fournit de nombreux exemples, du moins en dhimotiki. Tout d'abord, l'augment syllabique subi l'aphérèse dans les verbes quand il n'est pas tonique (en sorte, dans les formes de plus de trois syllabes puisque, dans les verbes, l'accent remonte le plus loin possible mais pas au-delà de la 3ème syllabe, selon les lois de limitation ; les termes sont transcrits et non translittérés) : de ghráfo, «j'écris», on forme l'aoriste (temps correspondant plus ou moins à notre passé simple) éghrafa, «j'écrivis», avec l'augment comme en Grec ancien mais dans une forme plus longue, l'accent ne pouvant tomber sur l'augment, celui-ci est amuï : ghráfame, «nous écrivîmes». Dans un verbe plus long, comme dhiavázo, «je lis», l'augment subit l'aphérèse à toutes les formes : l'aoriste est dhiávasa. En katharevousa, l'augment est normalement conservé dans tous les cas.
D'autre part, nombre de mots de la dhimotiki ont subit une aphérèse accentuelle : par exemple, le verbe imporó ou imboró, «je peux», en katharevousa, est prononcé boró en dhimotiki. De même pour iméra, «jour», devenu méra (d'où l'expression kalí méra, «bonjour», prononcée par univerbation kaliméra, «bonjour»).
Généralement, dans les langues qui connaissent un accent tonique, l'aphérèse s'accompagne très fréquemment d'apocopes.

Termes non lexicalisés :
Parfois, l'aphérèse ne se rencontre que dans une prononciation moins soutenue, plus rapide, de termes qui peuvent continuent à exister par ailleurs (alors qu'il n'y a pas de mot *ebishop en Anglais) : elles sont nombreuses en argot (ricain pour Américain) ou dans les jurons (tudieu pour «vertu [de] Dieu»). Dans tous les cas, le ou les phonèmes touchés ne sont pas toniques. Les termes ne sont pas forcément lexicalisés.

Aphérèse par élision inverse :
Au contraire, dans l'élision inverse, une voyelle tonique peut subir l'aphérèse. Rappelons que l'élision est un métaplasme par amuïssement dû à un hiatus.
En Grec ancien, langue qui répugne à l'hiatus, celui-ci est résolu principalement par contraction (et par crase), élision simple ou métathèse de quantité. Dans une langue moins soutenue ou en poésie, cependant, l'hiatus entre deux mots peut être évité par l'aphérèse si la voyelle en fin du premier mot est longue et celle débutant le mot suivant est brève.
Ce type d'aphérèse est aussi fréquent en Anglais : I amje suis») peut être devenir I'm, et, de même, you are -> you're, (s)he is -> she's, it is -> it's, etc. Le verbe to have est aussi sujet à l'aphérèse : I've pour I have, (s)he's pour (s)he has, we've pour we have, etc.
Enfin, en Arabe il existe quelques mots débutant par une syllabe qui subit l'aphérèse dès que le mot n'est pas en début d'énoncé (on dit que cette syllabe porte une hamza instable). Ainsi, le nom de Dieu, Allah, est réduit à lla dans un énoncé : bi-smi-llah «au nom de Dieu».


Logo de la date de modification 03/06/2021 Logo du nombre de vues 1 847 vues

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Cet élément est cité dans les 4 articles suivants :

Le Glossaire : Amuïssement, Apocope, Apostrophe, Métaplasme


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